carte blanche

Une génération deux fois plus nantie ou plus généreuse?

Juriste, expert en récolte de fonds

Les dons aux associations effectués par les personnes nées entre 1920 et 1935 sont plus élevés que la moyenne.

Par Michel Lorge, juriste, expert en récolte de fonds.

Depuis le début des années 1990, le nombre de legs de personnes sans enfant en faveur de l’associatif a été en constante augmentation.

Il apparait à l’examen des montants légués aux associations que les personnes nées entre 1920 et 1935 lèguent le double du montant légué par les personnes nées après les années 1935/36, soit de l’ordre d’environ 100.000 euros.

Bien peu d’associations s’en sont rendu compte et personne ne s’est jamais posé la question du pourquoi de cette différence notable.

Un rappel tout d'abord, depuis plus de 20 ans, de manière constante, les trois quarts des legs faits à des œuvres sont le fait de dames. Ceci s’expliquant essentiellement par une espérance de vie supérieure pour les femmes.

Alors quels sont les éléments explicatifs de cette surprenante situation ?

1. L'élément sociologique. Le comportement de cette génération nous est connu au travers de nos parents, grands-parents  voire arrière-grand parents. Il s’agit d’une génération pour qui la hiérarchie a son importance et est respectée. Une génération pour qui économiser est une vertu importante.  Cette génération a peu de besoins, elle est fidèle et, pour elle, la transmission a son importance.   « Un franc est un franc et Il n’y a pas de petites économies, il n’y a que de grandes dépenses ».

Cette génération avait d’autres besoins et leur approche des choses explique, en partie, le comportement « de l’écureuil » qu’ils eurent.

2. L'élément démographique. Il faut garder à l’esprit que la Première guerre mondiale et les années qui suivirent ont vu la natalité chuter drastiquement dans nos régions et la mortalité augmenter. Ce n’est qu’en 1936 que la fécondité repartira à la hausse avec pour conséquence que la génération appelée « Baby boomer » sera bien plus nombreuse que ne le fut la génération née dans les années 1920/35.

Pourquoi la natalité repart-elle à la hausse à partir de l’année 1936 ? Parce qu’il semble que la crise de 1929 a été en partie digérée et que la nuptialité, dès 1932, repart à la hausse. (Jean-Paul Sardon, Gérard Carlot, «  La reprise de la fécondité au milieu des années 1930, phénomène non perçu des observateurs du temps », in « Les analyses de la population et l’avenir » janvier 2019).                                                                                                                          

La génération née entre 1920 et 1935 fut la première bénéficiaire des « 30 glorieuses ».
Michel Lorge

3. L'élément économique. Comme expliquer cette richesse moyenne supérieure et ce legs plus élevé dans cette génération ? La génération née entre 1920 et 1935 sera la première bénéficiaire des « 30 glorieuses ». Ses membres auront entre 20 et 30 ans en 1955, cette génération, moins nombreuse que celle qui suit, sera la première à bénéficier du « boom » économique de l’après-guerre.

D’autres éléments peuvent expliquer la hauteur du patrimoine laissé par cette génération. Vers 1950, l’espérance de vie était de 62 ans pour les hommes et de 67 ans pour les femmes. (Statistiques, Statbel, fgov.be). Si on considère qu’en moyenne les parents de cette génération devaient avoir environ 30 ans à la naissance de leur enfant vers 1930, les personnes nées entre 1920 et 1935 héritèrent jeunes, soit entre 25 et 40 ans en moyenne, ce qui est sensiblement plus tôt que l’âge « d’hériter » des générations suivantes et actuelles.

De plus, l’immense majorité des personnes qui lèguent aux associations n’ont pas eu d’enfant. Ce fait marquant augmenta leur capacité à économiser puisqu’ils n’eurent pas à prendre en charge des frais d’éducation, augmentant ainsi d’autant leur patrimoine.

Enfin, l’économiste Étienne de Callataÿ fait remarquer que cette génération tira également avantage de la haute inflation des années 70 qui aida ainsi au remboursement des prêts hypothécaires. Elle bénéficia également de hauts taux d’intérêt lorsqu’elle fut en situation d’épargne (comportement d’épargne influencé par les difficultés connues par leurs parents),  le tout aidé in fine par la bonne tenue de la bourse dans les années 1980/90.

Générosité remarquable

Sur base des différentes constatations faites, nous pouvons conclure que le niveau de patrimoine atteint par la génération des personnes nées entre 1920 et 1935 trouve ses explications dans une conjonction de circonstances et d’éléments à la fois sociologiques, démographiques et économiques. Leur niveau de générosité fut et est absolument remarquable dans tous les sens du terme, nous devons les en remercier !

Lire également

Messages sponsorisés