Une piqûre de rappel pour la compétitivité

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Le Forum économique mondial vient de publier son rapport 2015 sur la compétitivité globale (Global Competitiveness Report, GCR).

Il classe 140 pays selon leur capacité à favoriser la recherche, l’innovation, l’entrepreneuriat et la création de richesse. Ce classement est l’occasion d’analyser l’évolution de la compétitivité des États de la zone euro depuis septembre 2009 (c’est-à-dire quelques semaines avant le déclenchement de la crise de la dette grecque).

Plusieurs constats

Le score moyen pour la zone euro a légèrement augmenté entre 2009 et 2015, passant de 4,77 à 4,81 (sur une échelle allant de 1 à 7). On est donc loin d’avoir assisté à un effondrement de la compétitivité du continent. Néanmoins, le classement moyen s’est détérioré, reflétant une relative perte de compétitivité. En fait, cette évolution masque de réelles disparités. Quatre groupes de pays se dégagent. Le premier groupe est composé de l’Allemagne, des Pays-Bas et de la Finlande. Ces trois pays ont consolidé leur position au sein des dix pays les plus compétitifs au monde. La Belgique, le Luxembourg, la France et l’Autriche constituent le second groupe. Leur score s’est stabilisé (et a même augmenté dans le cas du Luxembourg), mais ces États ont eu tendance à descendre dans le classement mondial, en particulier la France et l’Autriche. La troisième catégorie regroupe la majorité des États du sud (Espagne, Italie, Malte, Portugal) et l’Irlande. Ici, c’est la surprise: les scores et les classements se sont globalement améliorés entre 2009 et 2015. Dans la dernière catégorie, on trouve l’île de Chypre, la Grèce, la Slovaquie et la Slovénie. Toutes les quatre ont perdu en compétitivité, essentiellement durant la période 2009-2012. Ces résultats ne font que confirmer la divergence des performances économiques au sein de la zone euro.

Commentaires

L’étude plus approfondie du Global Competitiveness Report amène à trois séries de commentaires.

Examinons d’abord les faiblesses de la zone euro. Les experts du Forum économique mondial considèrent que la complexité du système fiscal et le manque de flexibilité du marché du travail dans les États du Nord (les deux premières catégories identifiées) pèsent sur leur compétitivité. Quant à l’Europe de l’Est et du Sud (les deux dernières catégories), elle peine à se financer à bas coût et souffre de lourdeurs bureaucratiques et d’instabilité politique.

Rappelons ensuite que deux États de la zone euro sont tombés en défaut de paiement au cours de la période considérée: la Grèce et Chypre. Or que constate-t-on? Que les deux pays étaient relativement mal classés dès 2009 – soit 3 et 4 ans avant leur défaut. Pourtant, la plupart des autres États d’Europe de l’Est et du Sud, jugés alors moins compétitifs que Chypre, sont, eux, restés solvables. À l’évidence, la compétitivité est un indicateur nécessaire pour mesurer la solvabilité d’un émetteur de dette souverain, mais il n’est certainement pas suffisant. D’autres paramètres méritent d’être intégrés ou surpondérés, tels que la diversification de l’économie, la qualité du système fiscal et la soutenabilité du taux de change (un vrai handicap pour l’Europe du Sud).

Enfin, la résilience de la zone euro en matière de compétitivité contraste avec les turbulences macroéconomiques et financières qui ont failli détruire la monnaie unique en 2010-2011. Mais la médaille a son revers: les critères qui établissent le niveau de compétitivité sont d’ordre structurel et ne permettent pas à un pays de grimper rapidement dans le classement et de s’imposer dans le top 20 – seuls le Qatar, les Emirats Arabes Unis et la Malaisie ont réussi cette prouesse au cours des six dernières années. Voilà qui doit servir de piqûre de rappel aux États historiquement capables de relever le défi de la concurrence internationale, mais qui déclinent depuis plusieurs années déjà.

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