carte blanche

Une réforme d'ouverture pour le paysage hospitalier

Directeur CHR Verviers

De nombreux contacts se nouent aujourd’hui entre institutions qui, hier, n’auraient pas imaginé collaborer de manière structurelle et importante, parce que fondées sur des convictions parfois considérées comme incompatibles.

Par Stéphane Lefebvre, Directeur du CHR Verviers East Belgium.
Il s'exprime ici à titre strictement personnel.

La réforme du paysage hospitalier voulue par le gouvernement fédéral a, ces derniers mois, créé certaines inquiétudes au sein du monde hospitalier belge. Pour rappel et très largement, cette réforme vise à instituer des réseaux de soins (loco) régionaux, en demandant aux hôpitaux de se regrouper pour définir au sein de ces groupes une offre de soins partagée qui deviendra, inévitablement, plus cohérente au bénéfice des patients que la situation actuelle.

Si toute réforme induit naturellement son lot d’appréhensions, et peut-être aussi d’imperfections, il convient de reconnaître qu’au minimum une évaluation et, au mieux, une rationalisation réfléchie de notre paysage hospitalier s’imposent tant, parfois, les incohérences sautent aux yeux des spécialistes du secteur voire de la population elle-même.

Ces incohérences sont sources d’incompréhensions mais surtout de gaspillages inutiles dans un secteur qui doit, lui aussi, être d’une rigueur exemplaire dans l’utilisation des moyens dont il dispose.

Informés des intentions du gouvernement, les hôpitaux sont actuellement tous en réflexion et (souvent) déjà en discussion entre eux et c’est, en soi, un des premiers éléments positifs de cette réforme. Si de nombreuses institutions collaboraient déjà à différents niveaux et avec des objectifs variables, l’obligation prévue de rejoindre obligatoirement un réseau (loco) régional va imposer une collaboration et une mise en cohérence de l’offre de soins dans une dimension territoriale, et ce avec une réelle volonté d’efficacité.

Nul ne peut croire qu’une guerre fratricide entre institutions ou structures hospitalières pourrait in fine être bénéficiaire pour le patient et être, par ailleurs et dans le même temps, tenable pour notre système de financement des soins de santé. Il est plus que temps de structurer de manière réfléchie et prospective l’offre de soins pour la santé de l’ensemble des Belges.

Nous connaissons tous, autour de nous, des hôpitaux qui aujourd’hui disposent chacun, et à quelques kilomètres de distance seulement, des mêmes services d’urgence, offrent les mêmes spécialisations, les mêmes équipements médicaux, en clair des infrastructures financées parfois inutilement au détriment du contribuable.

Il est un autre élément qui pourrait, du côté francophone, être digne d’intérêt dans une réforme réussie des soins de santé et cet élément pourrait même avoir un impact bien plus profond sur l’approche de nos hôpitaux actuels.

Il s’agit de la capacité qu’auront (ou non) les institutions hospitalières à transcender une série de piliers qui, jusqu’à aujourd’hui et parfois pour d’excellentes raisons, fondaient le paysage hospitalier actuel. Ces fondements sont historiques, philosophiques, politiques ou territoriaux et ont créé, notamment dans certaines régions, un paysage souvent disparate, inutilement concurrentiel parfois et générant ci et là des coûts excessifs pour le patient et le contribuable.

Collaborations

De nombreux contacts se nouent aujourd’hui entre institutions qui, hier, n’auraient pas imaginé collaborer de manière structurelle et importante, parce que fondées sur des convictions parfois considérées comme incompatibles (laïc versus confessionnel, public contre privé, etc.), et cela pourrait mener prochainement à la conclusion de rapprochements voire d’accords de constitution de réseaux.

Dans ce schéma, la construction spontanée de réseaux transversaux réunissant des institutions qui gardent leurs valeurs initiales et leurs convictions propres mais qui trouvent des points de convergence au bénéfice du patient et du financement de nos soins de santé serait une avancée quasi historique sur le plan sociétal du côté francophone.

Il est heureux qu’au sein de ces institutions hier encore parfois très polarisées, il se trouve des responsables qui sont prêts à travailler à la construction de pôles de soins efficients, finançables à long terme et qui articulent leurs spécificités propres autour d’un objectif commun.

Il a été prouvé récemment, notamment en France, que le dépassement de clivages de différentes natures pouvait être autre chose qu’une vue de l’esprit et, au contraire, pouvait permettre de se projeter très concrètement dans un avenir fondé sur des principes rationnels.

Dans le domaine de la santé comme probablement dans d’autres domaines, l’heure n’est sans doute plus au repli philosophique, politique, territorial ou historique mais à la collaboration respectueuse, efficiente et partageant les techniques les plus pointues que notre époque nous apporte sur le plan technologique, et ce au seul bénéfice du patient et du contribuable.

Si cette réforme du paysage hospitalier permet déjà, du côté francophone du pays, un dialogue constructif, profitable, et respectueux entre institutions qui hier encore se refusaient à toute discussion de fond, il ne faudra véritablement pas en diminuer ses mérites.

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