Une trousse de secours pour la zone euro

Dans un contexte de tragédie financière, à peine la Grèce se trouve-t-elle un peu moins sur le devant de la scène européenne, que l’Irlande rechute gravement. Les pays les plus fragiles de la zone euro sont malmenés. Il faut revoir d’urgence les mécanismes d’aide aux malades de la zone euro et mettre en place un fonds de secours crédible, insiste le professeur Delbecque.

par Bernard Delbecque, professeur à l’UCL

Le Conseil européen du 29 octobre s’est entendu sur la mise en place d’un mécanisme permanent de gestion des crises fondé sur deux piliers: la pérennisation de facilité européenne de stabilité financière (FESF) créée en mai dernier, d’une part, et une procédure de restructuration ordonnée des dettes publiques des pays faisant appel à cette facilité, d’autre part. La décision de principe de mettre à contribution le secteur privé, en cas d’intervention de la FESF, a été vivement critiquée par Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne (BCE), qui redoutait que cette perspective complique davantage les problèmes de financement de pays comme l’Irlande et le Portugal. De fait, la réaction des marchés financiers ne s’est pas fait attendre, à tel point que les ministres des Finances des cinq principaux pays de l’Union européenne ont tenu à préciser que tout nouveau mécanisme n’entrera en vigueur qu’après la mi-2013, sans aucun impact, quel qu’il soit, sur les dispositions actuelles. Cette mise au point était souhaitable pour tenter de rassurer les marchés financiers. Elle remet également en question le compromis conclu entre l’Allemagne et ses partenaires européens, ce qui est une bonne chose.

Petit retour en arrière

La création de la FESF en mai dernier a constitué une avancée majeure dans le renforcement de la zone euro, qui a contribué au retour à une plus grande stabilité sur les marchés financiers. L’avenir de la FESF étant assuré jusqu’en juin 2013, il n’était toutefois pas urgent d’ouvrir un débat sur ce sujet.

Si le Conseil s’est engagé dans cette voie malgré les mises en garde de Trichet, c’est parce que l’Allemagne était opposée à la pérennisation de la FESF dans sa forme actuelle. Angela Merkel refuse, en effet, que les contribuables allemands paient les futurs plans de sauvetage.

C’est un souci légitime étant donné que l’Allemagne est le premier pays garant des emprunts de la FESF.

La chancelière a accepté d’engager ainsi son pays, en mai, dans une situation d’urgence; elle ne souhaite pas aujourd’hui donner l’impression de signer un chèque en blanc en faveur de la FESF. C’est pourquoi elle a exigé que les efforts consentis par les États membres soient couplés à des efforts du secteur privé. Comme les propositions allemandes exigent une révision du traité de Lisbonne, cela impliquait de ne pas perdre de temps pour être prêts d’ici l’échéance de 2013.

Le Conseil a cédé à l’Allemagne. Malheureusement, l’approche défendue par ses responsables n’est pas une bonne solution pour deux raisons importantes.

Premièrement, lorsqu’un pays est responsable d’avoir laissé filer son déficit et peut espérer s’en sortir en mettant en œuvre un programme d’ajustement, il est normal d’exiger qu’il entreprenne les efforts nécessaires sans mettre à contribution le secteur privé.

Deuxièmement, si les investisseurs savent qu’ils seront mis à contribution de manière automatique chaque fois qu’un pays fait appel à l’aide européenne, les marchés financiers seront toujours aux aguets et n’hésiteront pas à provoquer une crise, même si les fondamentaux des pays attaqués ne sont pas nécessairement mauvais.

Gérer les crises

Dans ces conditions, comment est-ce qu’on pourrait rencontrer les préoccupations allemandes? Une approche possible consisterait à fonder le mécanisme de gestion des crises sur les trois principes suivants:

1. Solidarité financière: tous les pays de la zone euro pourraient faire appel à la FESF à condition de mettre en œuvre un programme d’ajustement avec l’aide du FMI, sans recourir à des mesures de restructurations des dettes publiques.

2. Participation du secteur privé: une procédure ordonnée de rééchelonnement et/ou restructuration des dettes publiques (à mettre en place) ne sera actionnée qu’en cas d’échec du programme d’ajustement.

3. Protection de la FESF: un mécanisme juridique (à préciser) devrait garantir la "séniorité" des prêts consentis par la FESF afin d’assurer que les pays garants de la FESF ne soient pas pénalisés en cas de cessation de paiement.

Ces principes devraient rencontrer le souci de l’Allemagne de limiter le risque de transferts de ses ressources fiscales vers des pays indisciplinés et d’inciter les marchés à la prudence puisqu’ils pourraient perdent une partie de leurs créances. Par ailleurs, le principe de solidarité ne devrait pas inciter les pays de la zone euro à relâcher la discipline budgétaire. L’exemple de la Grèce confirme qu’il vaut mieux respecter le Pacte de stabilité.

Des moyens crédibles

Pour crédibiliser le mécanisme de gestion de crise, il faudra aussi assurer que la FESF dispose des ressources financières suffisantes pour pouvoir aider plusieurs pays de la zone euro à la fois, y compris des grands pays. Cette question a été traitée en mai dernier dans l’urgence, en écartant des scénarios catastrophes comme une contagion de la crise à l’Italie et sans avoir le temps de préciser des critères transparents sur le montant maximum des prêts qui pourraient être consentis à chaque pays. Une réflexion sur ces critères est nécessaire pour encadrer les aides futures de la FESF sur une base objective et déterminer les besoins de financement potentiels de ce fonds de secours.

 

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés