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Vers des fonds de placement gratuits?

Pour mieux servir le marché, pourquoi ne pas offrir au public belge des instruments simples et peu coûteux de placement en actions? ©Shutterstock

Pour mieux servir le marché, pourquoi ne pas offrir au public belge des instruments simples et peu coûteux de placement en actions?

Par Georges Carton de Tournai
Directeur honoraire de la FSMA

La décision récente de Fidelity Investments, un des leaders mondiaux de la gestion d’actifs, de lancer deux fonds indiciels gratuits (c’est-à-dire sans frais de gestion ni de commercialisation) est passée largement inaperçue en Belgique mais constitue pourtant une évolution marquante dans la gestion collective d’actifs.

On peut se demander pourquoi le public belge ne profite pas de ce genre d’évolution. Tout d’abord, il faut relever qu’en Belgique, le public ne se voit pas offrir des instruments simples de placement. L’ère des bons de caisse et des euro-obligations est finie depuis longtemps, et heureusement, car indépendamment des taux actuellement au plancher, ce ne sont pas des placements intéressants sur le long terme.

Les Gafa pourraient bien un jour s’intéresser au marché de la gestion collective et proposer des produits de grande masse qui feront exploser le modèle actuel.

Mais ils n’ont pas été remplacés. Depuis lors, le public belge est privé d’instruments simples et peu coûteux de placement. D’où le report massif sur le compte d’épargne (262 milliards d’euros à fin mars 2018, soit 61% du PIB belge en 2017) alors que ce placement offre une rémunération quasi-nulle et ne protège pas contre l’érosion monétaire.

Des instruments complexes

Sur le long terme, dans l’univers des instruments financiers, seuls les placements en actions, à condition d’être diversifiés dans le temps et dans l’espace, sont intéressants, parce qu’ils suivent la valeur réelle des actifs. C’est pourquoi on se centrera ici sur ce type d’actifs.

Cependant, du moins pour la partie dominante du marché, le public belge ne se voit pas proposer des instruments simples de placement en actions, simples et peu coûteux. L’offre consiste essentiellement en des fonds de placement à gestion active, ou en des produits structurés.

Le public belge est privé d’instruments simples et peu coûteux de placement.

Mais ces fonds sont chers à l’achat parce qu’ils sont assortis d’une commission d’entrée de 3% au profit du distributeur. Ce taux remonte aux années 70 où il y avait un vrai travail de guichet pour la réception des ordres et la livraison physique des titres. Aujourd’hui, une souscription se fait en ligne par un simple clic. Dès lors, pour un ordre d’achat de 10.000 euros par exemple, payer 300 euros de droits d’entrée, ça fait cher le clic…

Ces fonds sont chers aussi à la gestion, car la gestion active implique qu’une équipe d’analystes est rémunérée pour choisir les meilleurs investissements. Sur le long terme cependant, rares sont ceux, si même il en existe, qui parviennent à faire mieux que le marché. Quant aux produits structurés, ils sont compliqués même si leur complexité a été limitée, et les mécanismes qui les sous-tendent les plombent de coûts invisibles supportés par l’investisseur.

Le résultat est que la complexité et l’opacité de l’offre entraînent le déploiement de nombreux conseillers en private banking. Le conseil en investissement est certes nécessaire pour la plupart des gens, mais il peut être automatisé et rendu ainsi peu coûteux si les produits offerts sont simples. Le modèle de recours à des conseillers ne fait qu’augmenter les coûts de commercialisation des produits.

Sur le long terme seuls les placements en actions sont intéressants.

On peut douter que ce modèle soit pérenne pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il concerne une clientèle relativement âgée qui va progressivement être remplacée par des générations mieux informées. En particulier, la génération Y, née en même temps qu’internet et habituée à comparer les prix sur le web, voudra se tourner vers des produits plus concurrentiels. Simultanément, les Gafa pourraient bien un jour s’intéresser au marché de la gestion collective et proposer des produits de grande masse qui feront exploser le modèle actuel.

Outils de stratégie

Pour mieux servir le marché, pourquoi ne pas offrir au public belge des instruments simples et peu coûteux de placement en actions? Ces instruments existent à foison puisqu’il suffit de consulter les sites indépendants spécialisés pour s’apercevoir qu’il y a une foule de trackers indiciels investis en actions. Outre l’avantage de la diversification, la gestion indicielle offre la certitude de rester aligné sur le marché. Les trackers sont cotés en Bourse et leur acquisition n’occasionne donc que des frais de courtage minimes (15 euros pour un ordre de 10.000 euros). Par ailleurs, leur gestion étant basée mécaniquement sur la réplication d’un indice, leurs frais de gestion ne seront typiquement que 0,20%, contre 1% pour un fonds à gestion active.

Le public belge ne se voit pas proposer des instruments simples de placement en actions.

Mieux encore. Pour contrer l’idée fausse mais répandue qu’investir en Bourse est comme jouer à la roulette au casino, ne pourrait-on proposer au public belge des outils de stratégie de placement cohérente sur la durée? Sachant qu’une bonne stratégie, sur le long terme, consiste à acheter systématiquement, sur base d’une périodicité fixe, une somme constante dans des actions, quelles que soient les conditions de marché, ne pourrait-on imaginer d’offrir en ligne des plans de placement périodique dans des trackers indiciels en actions? Autrement dit: ne peut-on faire simple (et bon marché) plutôt que compliqué (et cher)?

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