carte blanche

Vers une N-VA francophone?

Docteur en philosophie, juriste

Face aux faiblesses du MR, plus rien n'empêche la N-VA de renforcer encore son déjà considérable poids électoral et parlementaire en favorisant l'émergence d'une N-VA francophone.

Par Drieu Godefridi
Docteur en philosophie, juriste

La question paraîtra une contradiction dans les termes: comment pourrait-il y avoir une N-VA francophone sachant que ce parti est flamand jusque dans son nom (Nieuw-Vlaamse Alliantie), et même nationaliste flamand, et qu’il persiste à s’inscrire dans une dynamique — certes de long terme — d’indépendance de la Flandre?!

Et pourtant, Bart De Wever, Jan Jambon et Théo Francken reçoivent des centaines de demandes en ce sens. Bien sûr, des courriers ne font pas un parti. Alors prenons un autre "échantillon" dont je connais bien la sociologie: les entrepreneurs francophones (oui, il en reste).

Il y a les sondages, qui donnent déjà 6% à la N-VA à Bruxelles alors qu'elle n'a pas fait le premier pas en direction de l'électorat francophone.

Je ne trahis pas la vérité en affirmant qu’ils sont nombreux à se dire dégoûtés de la faiblesse du MR et prêts à voter pour un équivalent francophone de la N-VA. Aussi, il y a les sondages, qui donnent déjà 6% à la N-VA à Bruxelles — le MR en chute libre — alors qu’elle n’a pas fait le premier pas en direction de l’électorat francophone.

Le cas Francken

©Photo News

Le cas exemplaire est évidemment celui de Francken. Voilà un homme qui est — le mot n’est pas trop fort — haï par l’intelligentsia belge francophone, sur lequel on ne lira pas une ligne favorable dans la presse francophone, et qui jouit néanmoins de 30% d’opinions favorables en Wallonie (en hausse constante), ce qui en fait l’un des hommes politiques les plus populaires de la région.

La colère du peuple de droite francophone vis-à-vis du MR s’exprime principalement sur deux thématiques.

Le premier est l’immigration. Alors que depuis deux ans les élections en Occident se gagnent non seulement à droite mais précisément sur le thème de l’immigration, le MR reste sur le sujet d’un silence assourdissant.

Depuis 2000, la Belgique fut submergée par un nombre d’immigrés nettement plus important que la plupart de ses voisins — proportionnellement à sa population — et les classes moyennes estiment que cet afflux massif de personnes certes infiniment respectables mais qui sont culturellement à l’Europe ce que Mars est à Vénus, cause une dégradation de leurs conditions de vie à tous les niveaux: enseignement, sécurité, sentiment d’appartenance à une communauté de valeurs.

Les récents épisodes de pillages à répétition, à Bruxelles, n’ont rien fait pour démentir cette perception. Avec laquelle on peut ou non s’accorder mais qui est celle des populations européennes et, en démocratie, l’opinion du peuple, ça compte!

Et puis, il y a eu la désignation au gouvernement wallon de ce qui est probablement l’extrémiste écologiste le plus radical qui occupe aujourd’hui des responsabilités à ce niveau en Europe, en la personne de Jean-Luc Crucke.

©BELGA/BELPRESS

Non seulement le MR exige-t-il la sortie du nucléaire au fédéral — alors que nous avons 7 réacteurs capables de produire de l’énergie bon marché pour 20 années supplémentaires — encore ce parti nomme-t-il au gouvernement wallon un ministre qui interdit aussitôt les véhicules au diesel, bientôt les chaudières, les nouvelles villas (sic) et ce n’est qu’un début.

Il est difficile de concevoir une politique plus liberticide et anti-économique. Jean Gol qui nous mettait en garde contre "le totalitarisme écologique" doit faire des cumulets dans sa tombe. Tout cela au nom d’une science pour le moins controversée et dont les Américains, par exemple, viennent de se détourner et cela, quoi qu’on en dise en Europe, sans espoir de retour.

Cette folle politique écologiste aura comme conséquence mécanique une explosion de la facture électrique des ménages, et de celle de nos entreprises. Ce qu’a d’ailleurs reconnu publiquement et sans ambages la ministre fédérale de l’énergie, autre MR, Madame Marghem.

Trahison

Immigration, énergie : le peuple francophone de droite se sent trahi.

Immigration, énergie: le peuple francophone de droite se sent trahi. Il voit et sent que, sur ces sujets, la N-VA défendrait mieux ses intérêts que ne le fait le MR.

©BELGA

Alors, qu’attend la N-VA pour surgir sur la carte électorale du Sud du pays? Eh bien ma foi c’est fort simple: la N-VA ne pourra continuer à gouverner au niveau fédéral qu’avec un partenaire francophone. Ce partenaire ne sera évidemment pas le CDH, suicidé par Milquet et ses sbires. Ce ne sera pas non plus — l’énoncé de l’hypothèse fera sourire, même si en politique rien n’est jamais impossible, le sacré Parti socialiste. Reste le MR.

Sauf, bien entendu, si le MR devait persister dans ses ultimatums sur l’immigration et l’énergie, auquel cas le gouvernement fédéral finirait par tomber — une hypothèse que personne ne peut exclure à l’approche des élections.

Dans ce cas, plus rien n’empêcherait la N-VA de renforcer encore son déjà considérable poids électoral et parlementaire en favorisant l’émergence d’une N-VA francophone, offrant ainsi l’opportunité aux Belges francophones de voter pour un parti réfléchi, "burkéen", en fait plutôt modéré, mais authentiquement de droite.

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