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Vingt-cinq ans de Fed

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Aux USA, la Fed a toujours dit que sa priorité, c'était le plein-emploi.

Depuis qu’elle a annoncé qu’elle postposait sa première hausse des taux, la Fed est examinée à la loupe et les questions fusent: Pourquoi ne pas avoir augmenté les taux? À quand la hausse? Pourquoi faut-il se presser de les remonter? Quels sont les éléments qui comptent?

Voici un petit graphique qui rafraîchira les mémoires et fera peut-être prendre un peu de recul à tout le monde. La Fed, elle regarde quoi?

En Europe, la banque centrale rappelle à qui veut l’entendre que son principal souci, c’est l’inflation. Il faut qu’elle soit aussi proche que possible de 2%. Si on est au-delà, on monte les taux et si on est en dessous, on assouplit. Aux USA, la Fed a toujours dit que sa priorité, c’était le plein-emploi. Mme Yellen ne dit pas autre chose depuis son arrivée aux commandes. Même si aucun chiffre précis n’est jamais cité, on sait que si le taux de chômage monte trop, la Fed baisse ses taux et elle s’arrête lorsque le taux de chômage tombe en dessous d’un certain niveau. On le sait aussi, le marché du travail d’hier n’est pas celui d’aujourd’hui, le taux de participation a changé, certains ont carrément renoncé à trouver un emploi, d’autres en ont un, mais à temps partiel, alors qu’ils souhaiteraient travailler davantage. Néanmoins, le graphique met en lumière l’action de la Fed au cours des 25 dernières années et la relation avec la santé du marché du travail.

Aux USA, la Fed a toujours dit que sa priorité, c’était le plein-emploi.

Au cours des 25 dernières années, il y a eu 3 vagues de baisse des taux, toutes enclenchées par une crise violente, inattendue et faisant craindre le pire pour le marché du travail américain.

La Fed a entamé une forte baisse de ses taux en 1991, lors du début de la guerre du Golfe. Cette hausse a pris fin 3 ans plus tard, en 1994, quand il est devenu évidant que l’économie US se portait bien.

La seconde vague de baisse des taux est intervenue lors de la faillite d’Enron, qui a entraîné l’explosion de la bulle des "dot-com", en 2001. Ces baisses de taux ont pris fin 3 ans plus tard, en 2004, avec le redressement impressionnant de l’économie américaine.

Enfin, la dernière vague de baisse des taux a été enclenchée au lendemain de la faillite de Lehman Brothers, en 2008 et elle est toujours en cours, presque 7 ans plus tard….

Pourquoi une telle différence?

On le voit sur le graphique, les dégâts sur le marché du travail ont été bien plus graves lors de la crise financière de 2008, que lors des autres épisodes ayant entraîné des baisses de taux. En outre, le taux de chômage n’est toujours pas revenu au niveau auquel il était quand les baisses précédentes ont pris fin. Enfin, à court de munitions sur les taux, la Fed a utilisé d’autres outils pour continuer à assouplir sa politique monétaire depuis 2008, faisant tourner sans hésitation la planche à billets. Cette politique a eu pour effet de doper les prix de nombreux actifs: sauf que tout cela a créé un grand mikado, auquel plus personne n’ose toucher de peur de faire vaciller tout l’édifice.

À la lumière de ce graphique, et compte tenu des derniers développements (Chine, pétrole, marchés émergents, recul des bourses…), on peut affirmer qu’il y a peut-être moins urgence à remonter les taux d’intérêt américains, que certains veulent bien croire. Les grands organismes économiques comme le FMI ou l’OCDE sont d’ailleurs tous occupés à revoir à la baisse leurs prévisions de croissance.

Par Sylviane Delcuve | Senior economist, BNP Paribas Fortis

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