carte blanche

Vous avez dit transition énergétique?

Thiange. ©BELGIAN_FREELANCE

Sachant qu’en 2016 et 2017 nos centrales nucléaires ont fourni plus de 50% de la production d’électricité de notre pays, peut-on vraiment parler d’une transition énergétique en douceur et non d’un déséquilibre énergétique programmé?

Par Pierre Goldschmidt
Ancien directeur général adjoint de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique
et responsable de la non-prolifération des armes nucléaires dans le monde

En 2017 trois rapports ont été publiés traitant de la transition du secteur électrique d’ici 2030 et 2050: le rapport du Bureau Fédéral du Plan, le rapport "Energy Transition in Belgium" rédigé par EnergyVille et le rapport de PwC "Réussir la transition énergétique". Il serait intéressant de savoir combien de nos dirigeants ont lu ces rapports avant de déclarer de façon péremptoire: "Il n’y aura plus de production belge d’électricité d’origine nucléaire après 2025".

Dans ce cas, sachant qu’en 2016 et 2017 nos centrales nucléaires ont fourni plus de 50% de la production d’électricité de notre pays, peut-on vraiment parler d’une transition énergétique en douceur et non d’un déséquilibre énergétique programmé?

©photonews

Dans le scénario gouvernemental par quoi faudra-t-il remplacer les centrales nucléaires? Pas par des économies d’énergie électrique. De fait, le Bureau du Plan prévoit une légère croissance de la consommation électrique d’ici 2030 et une croissance plus soutenue de 2030 à 2050.

Envolée des importations

Le nucléaire sera remplacé, en partie, par "une véritable envolée" (dixit le Bureau du Plan) des importations d’électricité qui représenteront, toujours d’après le Bureau du Plan, plus de 25% de notre consommation en 2030, contre 7,5% en 2016. Que se passera-t-il (par exemple en hiver) si nos voisins font le même raisonnement?

Le Bureau du Plan nous dit aussi: "Quant à la production brute d’électricité à partir de sources d’énergie renouvelables, elle explose véritablement au cours des quinze premières années". Il est en effet prévu qu’elle sera multipliée par au moins 2,6.

Il est aussi prévu que la production d’électricité par du gaz naturel double entre 2016 et 2030 entraînant un accroissement de l’ordre de 50% des émissions de CO2 du parc de production belge d’électricité. Étrangement, il est impossible de trouver cette donnée, pourtant essentielle, dans le rapport du Bureau du Plan.

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Si l’on veut limiter nos importations d’électricité à 10% de notre consommation en 2030, sans augmenter encore plus la part du gaz naturel, il faudra d’ici 2026 multiplier par 4 au lieu de 2,6 la production d’électricité par les éoliennes. Il faut y croire quand on voit tous les recours, surtout en Wallonie, déjà engagés contre l’installation de nouvelles éoliennes.

Comme la production d’électricité par les centrales au gaz, surtout s’il s’agit d’une électricité d’appoint, coûte plus cher que l’électricité nucléaire, il est prévu qu’elle sera fortement subsidiée (comme d’ailleurs les énergies renouvelables).

À l’inverse, en cas de prolongation de la durée de vie de nos centrales les plus modernes de Doel 4 et Tihange 3, l’État devrait pouvoir bénéficier d’une "rente nucléaire" de plus de 100 millions d’Euros par an.

En résumé, la fermeture de toutes les centrales nucléaires belges en 2025 aura en tout cas quatre effets négatifs:

  • un effet négatif sur le coût de production de l’électricité;
  • un effet négatif sur notre balance des paiements (dû à l’importation de gaz, alors que le coût du combustible nucléaire importé est minime);
  • un effet négatif sur notre sécurité d’approvisionnement (notre stock de combustible nucléaire est de deux ans de besoins alors que pour le gaz naturel il est de moins d’un mois de consommation belge);
  • et surtout un effet négatif sur l’environnement en accroissant significativement nos émissions de gaz à effet de serre. Curieusement même ce dernier point ne semble pas préoccuper Greenpeace qui s’intéresse davantage à prévoir le prix du gaz dans 10 ou 20 ans.

Quoi qu’il en soit, je doute que les nouvelles études qu’on nous annonce puissent remettre ces quatre effets négatifs en doute.

Dans ces conditions, sachant qu’en 2025 nos premières centrales de Doel 1 et 2 et de Tihange 1 auront fonctionné pendant 50 ans, pourquoi faudrait-il fermer nos centrales les plus modernes et les plus sûres de Doel 4 et Tihange 3 après 40 ans seulement, tant que nos autorités de sûreté ne s’opposent pas à leur fonctionnement pour des raisons objectives de sûreté ou de sécurité? La raison serait qu' "il y a la loi et la loi on la respecte".

Quand une loi est mauvaise...

Bien sûr qu’il faut respecter la loi, mais quand une loi est mauvaise il faut la changer. Sinon aucun progrès ne serait possible. C’est la raison pour laquelle la loi prévoyant la fermeture des centrales nucléaires belges après 40 ans de fonctionnement, adoptée en 2003, a été revue en 2013 et de nouveau en 2015.

Aux Etats-Unis la Nuclear Regulatory Commission a prolongé la durée de vie d’au moins 74 centrales nucléaires à 60 années de fonctionnement. Certaines d’entre elles ont été construites dans les années '70 comme nos premières centrales. Il ne fait pas de doute que les centrales belges sont aussi sûres sinon plus que les centrales américaines.

Rappelons enfin qu’au Japon, le pays du drame de Fukushima, 5 réacteurs PWR sont actuellement en fonctionnement après avoir été remis aux normes les plus récentes, 3 autres vont redémarrer sous peu et pour 18 autres réacteurs une demande de licence a été déposée auprès des autorités compétentes. Mais chez nous, a priori, ce ne serait pas possible?

Si nous voulons une vraie transition énergétique, en dehors de toute posture politicienne ou dogmatique, ne serait-il pas plus courageux de changer la loi et, dans l’intérêt général, de prolonger l’exploitation de Doel 4 et Tihange 3 au-delà de 2025? Ceci dit sans beaucoup d’illusions, mais personne ne pourra dire: "je ne savais pas".

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