carte blanche

Zalando ne vient pas s'installer en Belgique. Est-ce si surprenant, en fait ?

Zalando, le géant allemand de l’e-commerce, semble ne pas vouloir investir dans un nouveau centre logistique dans notre pays. Un nouveau coup dur pour le secteur belge de l’e-commerce. Mais, même si tout semblait bien parti, cette nouvelle n’est pas si surprenante que cela.

Par Olivier Lanckriet
CEO Connect Plus Group (Exellent, Expert, Compudeals, …)

Nous avons voulu croire trop longtemps au conte de fées et étions convaincus que Zalando allait s’installer chez nous. Mais lorsque l’on y regarde de plus près, en toute objectivité et en laissant de côté chauvinisme et crédulité, c’est tout simplement évident. Dans le contexte économique belge, trop de facteurs jouent encore en notre défaveur aux yeux des investisseurs internationaux attirés par la Belgique.

Plusieurs problèmes fondamentaux doivent être solutionnés si l’on veut séduire de gros investisseurs étrangers. Notre pays fait effectivement face à un double problème de réputation : d’une part les importants coûts salariaux et d’autre part les immenses embouteillages quotidiens.

17%
.
Le ministre de l’Emploi et de l’Economie a calculé que les coûts salariaux aux Pays-Bas étaient de 17% inférieurs à ceux de la Belgique.

Le ministre de l’Emploi et de l’Economie a lui-même calculé que les coûts salariaux aux Pays-Bas étaient de 17% inférieurs à ceux de la Belgique. C’est une différence de taille. Notamment pour les investisseurs internationaux qui n’ont aucune affinité avec notre pays et qui se contentent des chiffres. Pour eux, seul compte le rapport coûts-bénéfices, d’autant plus dans un secteur où règnent déjà de faibles marges. Et lorsqu’ils s’aperçoivent qu’un poste de coûts important est 20% plus élevé que chez nos voisins néerlandais, il est clair qu’ils préfèrent construire de l’autre côté de la frontière. Tout autre choix relèverait tout simplement, d’un point de vue économique, d’une mauvaise gestion.

Vous savez de quoi je parle...

Les querelles politiques entre les régions, voire entre les membres du gouvernement, et le climat social trop souvent houleux ne contribuent pas non plus à une image positive dans l’esprit des investisseurs étrangers, qui privilégieront un climat plus stable. Comme aux Pays-Bas où il n’existe pas de culture de la grève comme chez nous. Et je ne parle pas des grèves dans notre secteur, mais des grèves qui nuisent à toute notre économie et qui bloquent toutes les activités dans le pays. Vous savez probablement de quoi je parle. Les investisseurs étrangers aussi.

Un autre point noir : les immenses embouteillages sur nos routes. Chaque jour, nous perdons un temps effrayant dans les bouchons. Le matin et le soir, mais aussi de plus en plus souvent pendant la journée. Nous connaissons un véritable problème de mobilité qui n’a tout simplement pas d’équivalent en Europe. Ce qui induit aussi inévitablement une hausse des coûts (transport).

Est-ce que tout va si mal ? Non, l’assouplissement des règles concernant le travail de nuit fut un premier pas dans la bonne direction. Mais il faut faire (beaucoup) plus. La douche froide que Zalando vient de nous infliger devrait, espérons-le, être le signal d’alarme et inciter notre gouvernement à enfin respecter ses promesses et s’attaquer à la suppression de notre ‘handicap salarial’. Tant que cela ne sera pas fait, le calcul effectué par Zalando et les autres sera vite fait. C’est ce que réalise apparemment aussi notre ministre de l’Agenda numérique, et tant mieux ! Mais la décision de faire baisser les charges doit évidemment encore être prise.

Un autre modèle d'e-commerce

Toutes ces camionnettes qui viennent des Pays-Bas ou d’Allemagne pour assurer leurs petites livraisons dans nos villages pèsent lourd sur la mobilité.

Ce n’est toutefois pas une raison pour rester les bras croisés. Le modèle actuel de l’e-commerce n’est pas vivable à long terme, déjà rien qu’au niveau de son impact sur la mobilité et l’environnement. Toutes ces camionnettes qui viennent des Pays-Bas ou d’Allemagne pour assurer leurs petites livraisons dans nos villages pèsent lourd sur la mobilité. Elles contribuent à la formation des immenses embouteillages, et leur empreinte écologique est énorme.

©© Joerg Brueggemann / Ostkreuz

Il est par conséquent temps d’opter pour un autre modèle d’e-commerce. Tous les experts s’accordent pour décrire un même modèle, à savoir un webshop bien agencé associé à une chaîne de magasins où le client pourra voir sa nouvelle TV ou machine à café et demander des informations à un expert. Aux Etats-Unis, tous les gros acteurs comme Amazon et Alibaba l’ont compris et ont pris le train en marche. Plus près de chez nous, Bol.com, par exemple, vient d’investir dans des magasins locaux. C’est d’ailleurs la stratégie que nous suivons déjà depuis plusieurs années. Conjuguer le shopping en ligne et l’expérience d’un réseau de bons magasins. C’est une solution bien plus avantageuse pour le consommateur qui, ainsi, contribue également positivement à l’évolution de l’économie belge.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content