11-Septembre: à neuf heures trois, nous étions unis

Rédacteur en chef adjoint

Il y a 20 ans, des attentats terrassaient les États-Unis et le monde occidental. Un moment d’effroi qui nous a unifiés autour d’une cause commune: le combat contre le terrorisme. Vingt ans plus tard, cette unité s’est effondrée comme une tour en feu.

Neuf heures trois, heure de New York. À ce moment précis, un avion, pour la deuxième fois, éventrait à 950 kilomètres à l’heure près de dix étages de l’une des tours jumelles du World Trade Center. Cette séquence effroyable, davantage que les milliers d’autres images prises lors des attentats du 11 septembre, aura pétrifié l’imaginaire. Par sa violence, par son éclat mortifère, mais surtout parce qu’elle nous montrait l’horreur à l’état pur, sans filtre, filmée en direct puis diffusée en boucle sur toutes les chaînes de télévision. Ad nauseam.

Où est passée cette confiance en notre "monde libre", puissant, capable d’affronter et d’anéantir l’hydre sournoise du terrorisme?

À cet infime moment, nous étions unis. L’Amérique, l’Occident, nous, ensemble, découvrions ce nouvel ennemi global, capable de déchirer nos vies, d’entacher de sang notre ronronnement quotidien: le terrorisme islamique.

Ce "coup de génie" des fous d’Allah a certes bouleversé nos sociétés, nos certitudes. Il a certes, aussi, ébranlé notre jeunesse, nos enfants du 11 septembre, qui ont vu l’aube de leur vie se couvrir d’un voile menaçant. Mais à neuf heures trois, ce jour-là, nous étions unis, et nous allions vaincre la terreur.

C’était il y a 20 ans.

Où est passée cette unité ? Où est passée cette confiance en notre "monde libre", puissant, capable d’affronter et d’anéantir l’hydre sournoise du terrorisme?

Cette unité, cette confiance, cette puissance, n’est plus. Elle s’est fracassée sur nos propres mensonges et nos propres errements: l’intervention désastreuse en Irak; les amalgames islamophobes; les théories complotistes; notre impuissance face à l’écrasement des Printemps arabes; notre hypocrite, chimérique et funeste politique migratoire; et, dernier avatar en date, notre déroute humiliante en Afghanistan, là où, il y a vingt ans, nous entamions notre désastreuse "guerre contre le terrorisme", là où, il y a vingt ans, nous nous croyions naïvement unis.

Si nous voulons tenir en échec le terrorisme, si nous voulons reléguer dans les livres d’histoire cette tour en flammes hantant nos souvenirs, il nous faut effacer cette ritournelle "you are either with us or against us" qui, il y a vingt ans, par son simplisme destructif, n’a fait qu’alimenter le ressentiment de ceux-là mêmes qui auraient pu nous aider. Il nous faut combattre nos démons: ceux de la division, des fake news, du manichéisme. Bref, il nous faut retrouver ce sentiment d’unité qui nous a enveloppés, le 11 septembre 2001, à neuf heures trois, heure de New York.

Le récit croisé de deux survivants du 11 septembre depuis l'intérieur du World Trade Center

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