50 nuances de vert dans les fonds durables

Responsable du service Investir

Le succès de l'investissement durable est de plus en plus menacé par les accusations de "greenwashing". L'industrie financière a certes un rôle à jouer, mais la sphère politique ferait bien d'accélérer la cadence pour offrir un cadre permettant de véritablement séparer le bon grain de l'ivraie.

Les critiques ne cessent décidément de se multiplier à l'égard de l'investissement durable. En témoigne cette dernière étude d'une école de commerce française relayée dans nos colonnes qui dénonce un "greenwashing" généralisé dans l'élaboration des fonds indiciels labellisés comme durables. Une étude loin d'être isolée et qui fait écho aux accusations retentissantes dont a fait tout récemment l'objet DWS, ce géant européen de la gestion d'actifs, sous le coup d'enquêtes aux États-Unis et en Allemagne pour avoir prétendument menti sur l'ampleur de ses investissements durables.

Clouer au pilori les seuls gestionnaires d'actif dans cette problématique serait quelque peu hâtif.

Les gestionnaires d'actifs sont d'ailleurs clairement pointés du doigt par ces critiques en raison de leur place incontournable dans l'industrie financière. Qu'il s'agisse de DWS, BlackRock ou Amundi, ce sont en effet eux qui élaborent la plupart des produits financiers grand public arborant le label ESG (pour les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance). Ce sont eux aussi qui investissent dans les entreprises dont les actions seront reprises dans ces produits et qui peuvent donc exercer une influence certaine sur ces dernières dans leur prise en compte des impératifs de durabilité.

Clouer au pilori ces seuls gestionnaires d'actifs dans cette problématique serait toutefois quelque peu hâtif. Si leur poids dans l'économie permet sans aucun doute de faire bouger les choses, il ne faudrait pas oublier que leur logique répond d'abord aux impératifs de rendement financier. Des impératifs qu'il s'agit bien entendu d'encadrer. Et c'est surtout là que le bât blesse.

À défaut d'un cadre précis qui permette de définir ce qui est véritablement durable ou pas, c'est le financement même de toute la transition climatique qui risque de prendre l'eau.

Le cadre réglementaire auquel ils doivent s'adapter en termes d'investissement durable demeure encore très flou. Des contraintes précises et chiffrées manquent toujours à l'appel. La fameuse taxonomie européenne annoncée depuis belle lurette se fait toujours attendre, bloquée dans les méandres des négociations politiques entre les États membres.

Il y a pourtant urgence. Car à défaut d'un cadre précis qui permette de définir ce qui est véritablement durable ou pas, c'est le financement même de toute la transition climatique qui risque de prendre l'eau.

Les responsables politiques doivent ainsi accélérer la cadence. Mais les gestionnaires d'actifs et l'industrie financière dans son ensemble auraient aussi tout avantage à jouer le jeu. Leur réputation en dépend en grande partie, tout comme celle de leurs produits. Et l'engouement actuel de leur clientèle pour l'investissement durable pourrait en prendre un sérieux coup.

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