Aux urnes, citoyens

©Debby Termonia

Edito de Joan Condijts, rédacteur en chef

Aussi circonscrit, fragmenté et morcelé soit-il, le scrutin communal de ce dimanche outrepassera largement les limites de son terrain d’influence apparent. À commencer par cette question essentielle et négligée: quel parti sortira gagnant des urnes? Une question essentielle parce qu’elle déteindra, au moins partiellement, sur d’autres élections, dont les premières dans l’ordre chronologique sont les législatives de mai prochain. Une question négligée surtout car la réponse est malheureusement connue: le premier parti de ce royaume, devant les PS, MR et autre N-VA, sera vraisemblablement celui des mécontents…

La première force politique est celle des non-votants, qui, s’ils s’unissaient, disposeraient des leviers pour changer les choses.

Si l’on additionne les abstinents, les bulletins blancs ou cochonnés et les votes de rejet s’exprimant à travers les extrêmes de gauche et de droite – excluons ici, à dessein, les irréductibles et zélés adorateurs de ces partis – le résultat aboutit sans doute à la plus grosse formation politique du pays. Une formation qui croît scrutin après scrutin. Une formation par trop délaissée. Le nez sur le guidon ou le regard frappé d’une myopie intéressée, le personnel politique en place ne se soucie que superficiellement de cette question qui menace, à terme, l’esprit de la démocratie. L’horizon se constelle pourtant d’alertes qui reflètent un schéma destructeur. Qu’il s’agisse de l’imprévisible et diviseur Donald Trump aux Etats-Unis ou de l’Italien Matteo Salvini adepte du rejet de l’étranger et du repli identitaire.

Sans fracas, les mécontents, les dégoûtés, les indifférents, les lassés risquent donc de l’emporter. Et c’est d’autant plus inquiétant que les élections communales sont l’expression la plus directe et la plus simple de la représentation politique, celle qui devrait se départir des maux que la distance entre l’électeur et le pouvoir peut induire. C’est d’autant plus inquiétant que ce "spleen" citoyen ne s’arrête plus à des limites sociales ou intellectuelles qui pouvaient, sinon justifier, expliquer le manque de conscience politique. Aujourd’hui, ce dégoût traverse toute la société. C’est d’autant plus inquiétant que ce scrutin automnal accueillera 700.000 néophytes de l’isoloir, des jeunes femmes et hommes qui auront pour la première fois ce pouvoir entre les mains…

Ce pouvoir en effet. Tel est le paradoxe: la première force politique du pays est celle des non-votants, ceux qui finalement, s’ils s’unissaient, disposeraient des leviers pour changer les choses. C’est donc par ce paradoxe qu’il faut inlassablement rappeler, à l’école, au bistrot, sur les petits écrans, que la première force du changement, ne leur en déplaise, ce sont les citoyens. Que le vote est le seul instrument non destructeur capable de changer pacifiquement la donne. Qu’enfin, le citoyen peut aussi devenir l’acteur de ce changement en s’engageant sur le terrain politique. Chaque voix comptera dimanche. Et les premiers à le savoir sont les politiciens en place. Eux n’ignorent pas que chaque abstinent ne fera que déléguer son choix pour ainsi le perdre et surtout gonfler l’importance de ceux qui voteront. Renoncer est un choix, pas un vote.

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