CDS: mensonges d’États

La fronde des politiques européens à l'encontre du marchés des CDS pose question. Rien n'indique que les spéculateurs y déstabilisent concrètement la dette grecque.

Les politiques européens tirent dans la même direction. C’est suffisamment rare pour le signaler. Unanimement, ils dénoncent la spéculation sur le marché très opaque des CDS, ces contrats de protection contre le défaut de paiement d’une entreprise ou d’un pays. À leurs yeux, les spéculateurs ont pris possession de ce marché, attaquent injustement la Grèce, et sont donc responsables des prix faramineux que le pays doit débourser pour financer sa dette souveraine.

Aux premiers rangs de la fronde, la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy. On comprend leur nervosité: leurs banques se partagent 85 milliards d’euros d’obligations grecques, soit un tiers de la dette totale du pays. L’exposition atteint plus de 600 milliards si on ajoute l’Espagne et le Portugal.

Le silence britannique est tout aussi logique. Leurs banques sont deux fois moins exposées aux dettes des pays méditerranéens que leurs homologues continentales. Et la Grande-Bretagne abrite la plus grosse partie des fonds spéculatifs, avec les Etats-Unis. Le silence du président américain sur la question lors de la visite d’un hyperactif premier ministre grec est tout aussi éclairant sur ce point.

Ce qu’on comprend moins, c’est la cible. D’après le régulateur allemand lui-même, les positions jouant à la baisse la dette grecque sont minimales. Citant les chiffres de la chambre de compensation américaine DTCC, ces positions ne représenteraient que 9 milliards d’euros. Pas de quoi bouleverser la donne.

Le coup de vent médiatique ressemble de plus en plus à une violente autant que vaine initiative de réduire la vente à découvert de titres bancaires sur les marchés d’actions.

Tout cela ne fait qu’éloigner l’opinion publique des réels problèmes des pays concernés. Et absout la France et surtout l’Allemagne de leur inaction criante face à la situation plus que critique de la Grèce.

Par Serge Quoidbach,
Journaliste

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