Des garanties, pas des promesses

Christine Scharff

Engie veut faire maigrir Electrabel

L’énergéticien français Engie a puisé 1,6 milliard d’euros dans sa filiale belge Electrabel, pourtant largement dans le rouge ces dernières années. Un transfert justifié par des raisons opérationnelles, mais qui diminue les fonds propres d’Electrabel. De quoi inquiéter, même si en tant qu’actionnaire à 100%, Engie est parfaitement en droit d’exiger un dividende aussi coquet. "À la fin, c’est toujours l’actionnaire qui gagne", confiait récemment Gérard Mestrallet, président sortant du groupe, en revenant sur les conflits qui se sont soldés par les départs de Philippe Bodson, ex-patron de Tractebel, et de Willy Bosmans, ex-administrateur délégué d’Electrabel.

On exhorte le gouvernement belge à ne pas se contenter de promesses, et à exiger des garanties suffisamment solides.

Un actionnaire a parfaitement le droit, aussi, de revenir sur des promesses comme celle d’attribuer à l’État belge une ‘golden share’, ou de maintenir un siège "bilocalisé" à Paris et Bruxelles. Le monde bouge, et les stratégies changent.

Un actionnaire n’est par contre pas autorisé à échapper à ses responsabilités sociétales. Après le transfert d’1,6 milliard d’euros vers Paris, Engie veut réduire drastiquement la taille d’Electrabel. Les réacteurs, affectés par la taxe nucléaire et des pannes régulières, ne rapportent plus grand-chose. Et les marges dans la fourniture de gaz et d’électricité se sont réduites à peau de chagrin. Une épée de Damoclès est en outre suspendue au-dessus des activités nucléaires, qui risquent de devoir verser des milliards d’euros supplémentaires pour couvrir les coûts du démantèlement des centrales nucléaires et l’enfouissement des déchets.

Le problème, c’est que si Electrabel est vidé d’une trop grande partie de sa substance, il risque d’être aux abonnés absents en cas de scénario catastrophe, où les sommes à libérer s’avéreraient beaucoup plus importantes que prévu. Engie répète sur tous les tons qu’il n’en est rien et qu’il assumera ses responsabilités. On veut bien lui laisser le bénéfice du doute. Mais on exhorte le gouvernement belge à ne pas se contenter de promesses, et à exiger des garanties suffisamment solides pour s’assurer que les montants nécessaires pour solder le passif du nucléaire soient disponibles au moment crucial.

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