Des hommes et femmes d'Etat

Joan Condijts

José Manuel Barroso entre chez Goldman Sachs

Non, José Manuel Barroso n’a enfreint aucune loi. L’ancien président de la Commission européenne a répondu à l’offre – que l’on suppose alléchante – de Goldman Sachs. Mais il a déçu, sinon choqué. Tout simplement parce que son nouvel employeur est l’une des banques les plus controversées de la planète.

"Goldman Sacks" (Goldman pille) comme on la surnomme sur les places financières, est soupçonnée d’avoir joué un rôle dans la chute de Lehman Brothers en 2008 et a conseillé la Grèce dans le maquillage de ses comptes pour entrer dans la zone euro. Aussi, dans un contexte continental favorable à tous les populismes, voir l’un des hommes qui a piloté l’Europe rejoindre une telle institution, au mieux, suscitera la déception, au pire, alimentera le fantasme du complot oligarchique.

Barroso fut un président de la Commission européenne médiocre. Et sa retraite politique ne sera qu’à l’aune de sa vie politique.

Conséquence: des voix s’élèvent pour réclamer des normes plus strictes, empêchant les anciens membres de la Commission de rejoindre des domaines sur lesquels s’étendaient leurs pouvoirs. Une piste sans doute salutaire.

Mais plus qu’une société faite de règles de conduite, injectée de bienséance dictée et de morale imposée, l’Europe nécessite des hommes et des femmes d’Etat. De ceux et celles qui mettent l’intérêt commun au-dessus de leurs mesquineries, de leur petitesse calculée pour ne grandir qu’eux-mêmes. Cette trempe-là ne naît pas dans un enclos de directives qui fixent le nombre de mois à tenir avant de retomber dans les travers de l’égoïsme. Cette trempe-là est d’abord portée par les urnes. José Manuel Barroso fut un Premier ministre portugais médiocre. Un président de la Commission européenne médiocre. Et sa retraite politique ne sera qu’à l’aune de sa vie politique.

L’Europe n’a pas besoin de ces politiciens-là. L’Europe a besoin de souffle, d’ambition. L’Europe a besoin d’hommes et de femmes politiques qui la porteront au-delà de leurs propres limites. En s’oubliant eux-mêmes. Ce sont ces hommes et femmes, non seulement que l’Histoire retient, mais qui la font.

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