Grandir, grandir, mais pourquoi au juste?

Fiat Chrysler et PSA pourraient fusionner. D'autres groupes automobile pourraient les imiter.

Toujours plus grand. C’est au nom de la taille que Fiat Chrysler et PSA (Peugeot, Citroën, Opel) ont décidé cette semaine de parler fusion. Si les discussions vont au bout, cette union formera le quatrième fabricant automobile mondial.

Pourquoi ces groupes déjà issus de multiples fusions veulent-ils une fois de plus grandir? La motivation à l’origine de ces méga-deals est toujours la même: la taille. L’idée est de produire et de vendre sur une base plus large, de grouper les achats, d’investir en commun plutôt que chacun de son côté et, ce faisant, d’améliorer la marge dégagée par voiture produite.

Une affaire de synergies donc, de production et d’investissements dans une industrie dont les bases technologiques sont appelées à se transformer radicalement dans le futur. Synergies chiffrées à 3,7 milliards d’euros par an, une fois atteint le rythme de croisière. Du lourd.

La créativité n’a strictement rien à voir avec la taille.

Attention, les économies d’échelle visées sont ambitieuses mais, n’ayez crainte, elles se feront "sans fermeture d’usine", promettent déjà les futurs partenaires. D’ailleurs, les deux groupes n’envisagent pas autre chose que de fusionner à parts égales, les actionnaires des deux groupes détenant chacun la moitié du capital. Et la direction sera conjointe et paritaire. Comme ça, tout le monde est content, pas de jaloux.

Autrement dit, une certaine logique financière et industrielle (on sera meilleurs en devenant plus gros) se double ici d’une vision purement politique, qui promet un statu quo social impossible à tenir (tôt ou tard, il y aura de la casse) et impose une parité qui n’a pour le coup rien à voir avec la finance ou l’industrie.

Pour ceux qui en doutent, rappelons que l’État français, actionnaire à 12% de PSA, sera de toutes les grandes décisions. Il faut donc s’attendre à ce que le patriotisme teinte l’évolution de l’ensemble: pas touche à la Fiat en Italie, à Chrysler aux Etats-Unis, à Peugeot en France. Pour les (vraies) synergies, on repassera.

On espère tout de même que ce géant, s’il voit le jour, utilisera vraiment ses moyens à cultiver l’innovation, dans un secteur promis au grand chambardement technologique, avec le développement de nouvelles énergies, de la voiture connectée ou encore de nouvelles formes de mobilité.

L’important demain sera-t-il d’être celui qui vend le plus de voitures? Ou plutôt d’être celui qui s’est le mieux adapté à ces changements profonds? Poser la question, c’est y répondre.

La créativité n’a strictement rien à voir avec la taille. Ce ne sont pas les actionnaires de Peugeot qui vous le diront, mais ceux de Tesla.

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