L'Europe du chantage

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L'Union européenne et ses maîtres-chanteurs.

C’est donc comme ça qu’avance l’Europe. À coups d’obscures négociations de l’autre côté de la Manche. David Cameron crie qu’il va faire un malheur si on ne le retient pas et, bien sûr, tout le monde accourt. Pour s’assurer sa réélection, il a promis un référendum aux Britanniques sur un éventuel "Brexit". Il a eu sa réélection. Et pour montrer qu’il peut dompter cette Europe que les Britanniques aiment si peu, il a prévenu qu’il ne ferait pas campagne pour le "yes" à l’Union si cette Europe ne changeait pas son image. Il va obtenir gain de cause. Parce que le continent a trop peur de perdre les Britanniques. Peur du déséquilibre des forces qui en résulterait au sein du Conseil.

L’Europe fait mine de ne pas voir le drame qui se joue sous ses yeux: Cameron a mis au point une nouvelle façon de faire tourner l’Union.

Peur de perdre un acteur géopolitique de poids. Peur de l’effet domino… Cameron doit donc gagner. Pour que des citoyens disent enfin "oui" à l’Europe, pour que l’on puisse tourner la page du traumatisme des référendums français et néerlandais de 2005. Cameron défendant l’Europe, ça n’a pas de prix, n’est-ce pas? D’autant que tout le monde sait que ce qu’il pourrait obtenir est symbolique – des emplâtres ou des mesures que l’on comptait de toute façon prendre…

Mais l’essentiel est ailleurs. L’Europe fait mine de ne pas voir le drame qui se joue sous ses yeux: l’éclosion d’une nouvelle façon de faire tourner l’Union. Jusqu’à présent, il y en avait deux. La bonne – on avançait collectivement en suivant l’intérêt général des citoyens européens (la Commission propose, le Parlement européen et les États disposent). Et la mauvaise – on laissait quelques États bâtir des accords dans leur coin avant de les imposer aux autres.

Le Royaume-Uni est en passe de démontrer qu’une troisième méthode est possible: celle du chantage. Quelle que soit l’issue de cette négociation, le simple fait qu’elle ait lieu suffit à montrer que chaque État est légitime pour revendiquer un bouleversement de l’agenda au nom d’un obscur particularisme. Quelle part d’elle-même l’Europe sera-t-elle prête à sacrifier pour satisfaire les caprices du prochain maître-chanteur?

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