L'Europe fait volte-face

Vincent Georis

L’itinérance gratuite et illimitée dans le temps

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, interpellé récemment lors d’une émission sur YouTube à propos de l’emprise des lobbys sur son institution, aurait-il eu une soudaine prise de conscience? Toujours est-il que l’exécutif européen est revenu hier sur sa décision de limiter à 90 jours la gratuité des frais d’itinérance téléphonique lors des voyages en Europe.

Désormais, cette gratuité, prévue à partir du 15 janvier prochain, sera illimitée dans le temps. La mesure va plaire aux consommateurs. Fini les factures de GSM anormalement élevées au retour des vacances. Cette décision fera aussi le bonheur des entreprises dont les voyages d’affaires gonflent les coûts à cause de frais de téléphonie tout aussi élevés qu’inévitables.

La mesure est un bienfait pour les gens et les entreprises, au nom de la libre circulation en Europe. Mais elle risque de coûter cher aux opérateurs télécoms.

La mesure est un bienfait pour les gens et les entreprises, au nom de la libre circulation en Europe.

Mais elle risque de coûter cher aux opérateurs télécoms, soumis à une forte concurrence sur le marché européen.

Pourquoi cette volte-face? En 2015, lorsqu’elle proposa d’imposer la gratuité illimitée du roaming, la Commission européenne fut assiégée par les opérateurs télécoms.

Une bataille rangée suivit entre l’Europe, les opérateurs et les associations de consommateurs. Un temps victorieux, les lobbys du secteur parvinrent à imposer la limite de 90 jours.

La proposition, déposée le 5 septembre dernier, fut retirée en deux jours. Officiellement, Jean-Claude Juncker "n’avait pas été informé de cette nouvelle proposition". En coulisse, il nous revient que les associations des consommateurs, le Beuc en tête, ont réussi à infléchir la Commission.

Qui se plaindra, en définitive, de ne plus payer de frais d’itinérance? Pas grand monde. Sur ce point, la Commission, girouette mais prudente, a fini par choisir l’intérêt du plus grand nombre.

En contrepartie, elle donne aux opérateurs le droit de traquer les abus et d’imposer, le cas échéant, des frais supplémentaires. Maigre consolation, car dans les faits, cette traque s’avérera complexe tant la procédure est floue et mal définie. Sans conteste, ils sont les grands perdants dans cette affaire.

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