L'Europe perd plus de temps qu'elle n'en gagne

Joan Condijts

A la sortie du sommet européen vendredi matin, Emmanuel Macron a soutenu que l'accord obtenu permettait à l'Europe de ne pas sortir de l'Histoire. Mais ce genre de compromis risque bien de la faire retomber dans ses heures les plus sombres.

L’aube, la fatigue, les mots surtout, seront venus à bout des ultimes résistances. Les vingt-huit chefs d’État de l’Union européenne ont fini par s’accorder sur un compromis ce vendredi. Le menu du sommet comportait, en guise de plat de résistance, un mets difficilement conciliable avec les goûts épars de l’assemblée: la gestion des flux migratoires et particulièrement, du droit d’asile. Cependant, compromis il y a. Un compromis qui prévoit des centres "contrôlés" pour accueillir les personnes désireuses de rejoindre le Vieux Continent. Un compromis qui fleure davantage le temps gagné que la solution durable.

Au bout de la nuit, tout le monde veut donc des centres "contrôlés" mais seule la Grèce se dit prête à en accueillir. Peu importe. Les modalités seront discutées plus tard.

Le temps joue contre l’Europe car, plus elle tardera à trouver le concret qui résout au lieu du texte qui satisfait, plus elle manquera son objectif premier et fondateur.

Ce vendredi servait à sauver Angela Merkel, à offrir un trophée (petit) aux néofascistes italiens, à rassurer les pays de l’Est, à poursuivre la confection du costume européen d’Emmanuel Macron… Bref, à dessiner un compromis qui cimente, avec les moyens du bord, les failles de l’édifice continental, sous peine de le voir se fissurer davantage et, à en croire certaines Cassandre, à s’effondrer tel un vulgaire château de cartes.

Surtout et avant tout, ce vendredi servait, comme on dit, à gagner du temps. Parce que sur les questions migratoires, la montre tourne à l’avantage des Européens: la fièvre migratoire retombe. Nul besoin de remède de cheval. Un texte dans lequel chacun trouve la ligne qui lui sied, permet de passer l’été sous le soleil et de repousser le dossier pourri à la prochaine réunion de l’automne.

Cette procrastination aux allures bénéfiques n’est qu’illusoire. Le temps joue en réalité contre l’Europe. Contre l’Europe du mou, de l’insipide, de l’indécis maquillé dans des textes alambiqués. Le temps joue contre l’Europe et le succès des néofascistes italiens en est l’un des indices. Sans ligne claire, sans politique assumée et efficace, l’Europe ouvre la porte aux discours simples qui offrent ces (fausses) perspectives. Le temps joue contre l’Europe car, plus elle tardera à trouver le concret qui résout au lieu du texte qui satisfait, plus elle manquera son objectif premier et fondateur: éviter le retour des heures sombres qui ont meurtri le Continent.

Pour arriver à cette Europe, il faudra peut-être renoncer à celle-ci, ou plutôt en bâtir une à côté avec ceux qui veulent avancer, qui veulent aller plus loin, qui croient que l’union fait la force, que le repli sur soi détruit plus qu’il ne grandit.

Le temps joue contre ceux-là. L’impuissance nourrit les désabusés, conquiert les indécis et convertit jusqu’aux plus idéalistes. Ce n’est pas plus ou moins d’Europe qu’il faut, c’est une Europe plus forte, plus efficace, plus juste.

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