1

L'ambition de l'Europe

©RV DOC

La croisée des chemins, encore elle. Après l’annus horribilis qui a vu les Britanniques se détourner de l’Union, après l’année du triomphe europhile en France, l’heure est à la synthèse.

La question en Europe n’est plus tant de savoir qui est "in" et qui est "out" – quand le fantasme est assouvi, il perd son attrait –, mais bien de savoir de quelle Europe on veut. L’Europe "des valeurs", l’Europe "qui protège", qui s’occupe des "grandes choses" (donc pas des petites s’il vous plaît, merci)… Tout le monde s’accorde sur ce genre de formules tant qu’on n’y met pas trop de substance. De la même manière que les dirigeants de l’Union n’ont aucun mal à saluer l’arrivée en Autriche d’un gouvernement en partie d’extrême droite – et dans le cas du Premier ministre néerlandais d’aller célébrer la collaboration à venir à Vienne – pourvu qu’il se dise "pro-européen".

Pendant que Berlin attend son gouvernement et que l’Italie prépare ses élections, le contre-feu se dessine.

Vive l’Europe, donc, mais laquelle? Sera-t-elle un peu plus ambitieuse, avec un budget commun enfin supérieur à 1% de la richesse produite? Plus communautaire, avec de nouvelles ressources financières, donc libérée des pingreries nationales? Sera-t-elle plus solidaire, avec un mécanisme commun d’aide aux pays victimes de chocs économiques asymétriques? Sera-t-elle plus humaine, avec une juste répartition de l’aide aux réfugiés? Plus démocratique, enfin, avec un gouvernement économique responsable devant le Parlement européen?

Les réponses à ces questions vont émerger dans les mois qui viennent, alors que tous ces sujets existentiels sont dans le vortex de thématiques à l’agenda du semestre qui s’ouvre. Emmanuel Macron et ses grandes ambitions fédéralistes sont passablement esseulés. Pendant que Berlin attend son gouvernement de plein exercice et que l’Italie attend ses élections législatives, le contre-feu se dessine – les Pays-Bas tendent la main à l’Autriche, qui tend l’autre à la Hongrie. Les antagonismes se cristallisent en vue de la grande explication. Si 2018 n’est pas l’année d’une synthèse ambitieuse, elle sera celle du sempiternel plus petit commun dénominateur – celle de la médiocrité européenne.

Contenu sponsorisé

Partner content