L'homme qui valait six milliards

©Sofie Van Hoof

Voici venir Saint-Antoine, André pour les intimes, le grand argentier qui, par son unique volonté, divisa le dû namurois par deux. Et s’attira les foudres de la Cour des comptes, le dédain de la Banque nationale…

L’Europe a son messie du chiffre, son prophète du boulier. Réjouissons-nous! Dans la clameur vociférante, devant la plèbe souffreteuse, voici l’homme docte qui libérera le prolétaire de son fardeau, de ces liards du passé assombrissant l’horizon de sa retraite. Le Continent nous l’envie déjà, cet alchimiste orangé qui, de sa gomme inspirée, a effacé la moitié de la dette wallonne.

Bientôt, à sa religion fiscale, les énarques se convertiront, les partisans de Hayek ou de Keynes se rallieront. Voici venir Saint-Antoine, André pour les intimes, le grand argentier qui, par son unique volonté, divisa le dû namurois par deux. Et s’attira les foudres de la Cour des comptes, le dédain de la Banque nationale…

Car, ne soyons pas dupes, qui croit encore la calculatrice du bourgmestre dépêché de Perwez (la fameuse cité qui nécessite urgemment une école secondaire)? Sous cape l’on rit, mon bon, des mécomptes de ce funambule ridicule. L’on rit mais il n’y a là finalement rien de risible. Six milliards d’euros. Les adversaires (et partenaires) de cet illusionniste du nombre s’interrogeaient-ils sur les conséquences éventuelles des approximations du sieur André?

Une différence de 1,5% pour la dette belge. Évidemment en période de soldes, la proportion n’impressionne guère. Mais, au Berlaymont, tous les centimes comptent. Et ces six milliards supplémentaires eurent tôt fait de propulser la charge du royaume au-delà des symboliques (et coûteux) 100% (du PIB). Heureusement, toutes les têtes ne défaillent pas. Et les errements d’Antoine furent rectifiés. Sauf dans le chef même du ministre qui persiste et signe, expliquant que ses prédécesseurs faisaient de même.

Entre le surcoût du photovoltaïque qui gonfle à vue d’œil et les "kilowattheures gratuits" qui ne le sont pas, le doublement comptable de la dette s’apparente à une énième péripétie de l’attelage wallon. Et ternit les réelles avancées économiques engrangées par cette région qui a entamé son redressement de belle manière. Reste à planter un cierge à Saint-Antoine (le vrai, le patron des objets perdus) pour que le prochain gouvernement retrouve les six milliards égarés. Et de la crédibilité.

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