L'optimisme de la volonté

Frédéric Rohart

État de l’Union européenne

On a connu Jean-Claude Juncker plus ténébreux, partageant sans ambages ses angoisses sur l’avenir d’une Europe au bord du gouffre, en proie à une "polycrise". Rien de tel aujourd’hui. Même si l’Europe traverse une tempête existentielle à l’heure des chantages italiens, de l’illibéralisme de Hongrie et de Pologne et à la veille du Brexit, le président de la Commission a livré un discours sur l’état de l’Union tourné vers l’avenir. Dans lequel on a cru lire de l’optimisme.

"Les Européens méritent un débat de fond sur les enjeux auxquels l’Europe ne pourra répondre efficacement qu’unie."

À huit mois des élections européennes, le Luxembourgeois met sur la table de nouveaux chantiers, qui plaident chacun pour "plus d’Europe". Unie, l’Europe doit lancer un accord de libre-échange avec le continent africain, dit-il. Unie, elle doit renforcer la place de l’euro face au dollar dans l’économie mondiale. Unie, elle doit renforcer son poids sur la scène internationale – ce qui signifie pour les États membres abandonner la règle paralysante de l’unanimité. Unie, elle doit se doter d’enquêteurs antiterroristes…

L’optimisme de la volonté: voilà donc l’héritage que veut laisser Juncker. Tenir jusqu’au bout le cap de l’intégration européenne, sans concession pour les forces centrifuges. Forces qu’il tente parallèlement de fracturer. En séparant les eurosceptiques "raisonnables" à qui il faudrait "mieux expliquer" l’Europe des extrémistes purs et durs, incurables. On peine à voir la ligne qui distinguerait les deux, mais on retient une volonté louable: le refus d’enfermer le débat électoral dans une opposition stérile entre l’Europe des valeurs et celle des nationalismes bornés. Ces derniers ne le valent pas.

À huit mois des élections, les Européens restent très majoritairement attachés à leur citoyenneté européenne, globalement optimistes sur le futur de l’Europe et toujours plus confiants dans les institutions communautaires que dans celles de leur pays. Ils méritent un débat de fond sur les enjeux auxquels l’Europe ne pourra répondre efficacement qu’unie: stabiliser son voisinage, défendre le multilatéralisme et empêcher l’effondrement environnemental.

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