La CGSP dit le mot de trop

Nathalie Bamps

Services publics va-t-en guerre.

"Si ce gouvernement ne respecte pas les travailleurs, qu’il s’en aille", avait lancé Marc Goblet lors de la manifestation nationale mardi. Il y avait un "si". L’ouverture au dialogue était encore là. Ténue, mais présente. Un jour plus tard, le rail francophone débraye sauvagement. Le lendemain enfin, la CGSP wallonne réclame la tête de Charles Michel: "Il faut faire tomber ce gouvernement." Une phrase historique. De mémoire, aucun syndicat n’a jamais réclamé aussi ouvertement la mort d’un gouvernement. Et là, on reste perplexe.

On ne peut réclamer d’être pris en compte, écouté, et dans le même temps, demander la mort de son interlocuteur.

On pouvait suivre les syndicats sur le terrain de l’appel au geste fort, à la "vraie concertation sociale". Une concertation qui – plus que d’écouter passivement – tienne compte de l’avis des syndicats tout autant que des patrons. Mais on ne peut ni suivre ni approuver cet appel à la démission aux relents politiques.

Trop is te veel. La CGSP wallonne va trop loin. Et décrédibilise les appels lancés par l’ensemble du monde syndical: les "rouges" flamands (qui ne la suivent pas), les verts, et les bleus.

Oui, le gouvernement Michel doit apprendre à tendre la main. Non, les syndicats ne peuvent lui cracher dedans. On ne peut raisonnablement réclamer d’être pris en compte, écouté, et dans le même temps demander la mort de son interlocuteur.

Et surtout pas le jour même où celui-ci (en l’occurrence Charles Michel) affirme à la Chambre vouloir "donner de la marge".

Le climat social est tendu à l’extrême, c’est une certitude. Dans les prisons francophones, sur le rail, dans les services publics, les craintes sont légitimes. Mais en se divisant sur le plan communautaire, en affichant leurs dissensions internes, les syndicats sabordent leur message. Une grève au finish, une prise d’otage des travailleurs que l’on prétend défendre n’est pas la solution. Ni pour les travailleurs ni pour le pays. La seule solution, c’est la négociation. Équilibrée. Ou les deux partenaires font un pas. ça vaut pour Charles Michel. Ça vaut aussi pour les syndicats.

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