La Pologne au ban de l'Europe

L’Europe menace Varsovie de sanctions

Depuis Aristote, il est convenu que dans une démocratie, les décideurs politiques se plient aux lois. Sans quoi, le régime devient dictature. Montesquieu, Kant et d’autres ont affiné ce principe, baptisé "État de droit". L’Union européenne l’a placé à la tête de ses valeurs fondatrices. Elle a même prévu dans son Traité de geler le droit de vote d’un pays qui le violerait. Car chaque fois que l’État de droit fut bafoué, l’Europe fut plongée dans l’enfer des guerres.

Les hommes ont-ils la mémoire courte? Depuis deux ans, le parti "Droit et Justice" (PiS) au pouvoir en Pologne a entrepris de détricoter l’État de droit en adoptant des lois plaçant la Justice sous l’autorité du pouvoir exécutif. Désormais, un ministre polonais peut à sa guise démettre ou nommer un juge.

"L’arme nucléaire" tient plutôt du pétard mouillé, car la Hongrie opposera son veto à toute sanction contre la Pologne.

La société civile, les avocats et les professeurs de droit eurent beau s’insurger. Rien n’y fit.

Après plusieurs avertissements, la Commission Juncker a lancé hier la procédure de l’article 7. Le recours à ce que certains appellent, à tort, "l’arme nucléaire" montre à quel point la Pologne a dérivé au ban de l’Europe. Mais l’arme en question tient du pétard mouillé car la Hongrie a annoncé qu’en bout de course, elle opposera son veto à toute sanction contre la Pologne.

Les deux pays d’ex-URSS sont dirigés par des partis frères, le PiS en Pologne et Fidesz en Hongrie. Des partis populistes, au programme nationaliste, eurosceptiques et misant sur un renforcement de l’identité catholique. De quoi faire régresser l’Europe à une période où seul le roi faisait la loi et rendait justice, le plus souvent au nom de la religion.

La décision de la Commission Juncker isole la Pologne. Mais elle est insuffisante car ce n’est pas le seul État à partir en vrille en Europe. On a d’ailleurs du mal à comprendre que l’exécutif européen soit si sévère avec Varsovie, alors qu’il laisse emprisonner des élus en Espagne et félicite un parti autrichien pactisant avec des néonazis. Il ne sert à rien de faire un exemple si c’est pour laisser d’autres violer les valeurs de la Maison Europe.

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