La fiscalité belge reste à réinventer

Benoît Mathieu

L'édito de Benoît Mathieu.

Il est finaud, notre ministre des Finances. Il y a tout pile une semaine, il lançait sa dernière petite idée. Et si on réformait l’impôt des personnes physiques, afin que le travail soit davantage récompensé? Et ce alors que le gouvernement Michel est toujours occupé à dérouler son tax shift, que la réforme de l’impôt des sociétés n’existe encore qu’en théorie, et que la majorité n’a pas fini de se prendre les pieds dans le tapis avec ses autres innovations fiscales.

Le timing choisi par Johan Van Overtveldt (N-VA) n’a rien d’innocent. Car le ministre attend les pistes de réflexion du Conseil supérieur des finances d’ici la fin 2018. Soit entre les élections communales… et les scrutins fédéral et régional, avant lesquels il est utopique de prétendre mener une vaste réforme fiscale.

Autrement dit, tout cela ressemble à s’y méprendre à un slogan de campagne électorale.

En soulignant la nécessité de dépoussiérer l’IPP, Johan Van Overtveldt illustre à quel point le tax shift tenait de l’occasion manquée.

N’empêche. Comme il avait vu juste sur la question de l’Isoc, Johan Van Overtveldt a raison sur l’IPP. C’est d’ailleurs communément admis: la Belgique taxe ridiculement trop le travail et, ce faisant, se tire une balle dans le pied.

Des années qu’on le déplore, au lieu de s’y attaquer. C’est pourtant l’occasion idéale de remettre d’aplomb le système fiscal belge, devenu aussi alambiqué que mal équilibré. De lutter contre les pièges à l’emploi. De revenir vers une forme de globalisation des revenus, mettant sur le même pied les revenus du travail, du capital, et de l’immobilier – et de pouvoir tirer un trait, par la même occasion, sur ce malheureux bricolage que constitue la taxe sur les comptes-titres. D’introduire enfin une fiscalité environnementale et de davantage taxer les comportements nuisibles pour la collectivité.

Le chantier est énorme et mériterait bien qu’on lui consacre une législature. Ainsi qu’un vaste débat public, avec consultation d’experts – cela changera de la méthode habituelle, où tout se passe en coulisse et sans la moindre publicité.

Même si ses vues électorales sont évidentes, Johan Van Overtveldt a le mérite de relancer ce débat. C’est pourquoi L’Echo refait le point sur ce dossier et passe en revue les différentes propositions qui ont déjà été déposées sur la table.

Cela étant, ironie politique, en soulignant la nécessité de dépoussiérer l’IPP, Johan Van Overtveldt illustre à quel point le tax shift, vendu comme la huitième merveille du monde par l’équipe Michel en 2015, tenait surtout de l’occasion manquée. Un allégement – utile! – des cotisations sociales et un peu de chipotage sur les tranches à l’IPP, mais pas une révolution fiscale.

Car si les montants en jeu pouvaient certes paraître impressionnants, le tax shift a laissé la fiscalité belge dans le même état qu’il l’avait trouvée. Bancale. Pesant trop sur le travail et ignorant tout de l’environnement. Ce n’est pas pour rien qu’elle a gagné sa place parmi les thèmes de campagne pour 2019.

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