La tentation de la simplicité

Joan Condijts

Le populisme n'en finit pas de contaminer l'Union européenne. Front national, AfD, Parti pour la liberté... C'est au tour de l'Italie d'être à présent gouvernée par des populistes. Découvrez l'édito de Joan Condijts.

Ils sont là. Modernisés, drapés dans leur semblant d’honorabilité retrouvée. Ils ne sont jamais vraiment partis. Non, ils étaient tapis dans l’ombre de l’Histoire, boxés par leurs excès. Ils ont même fait des réapparitions – furtives ou pas. Aujourd’hui, leur retour est triomphal. Les populistes ont emporté l’Italie.

Ne nous leurrons pas: ce n’est pas Rome qui tombe sous un gouvernement de l’extrême, c’est l’Europe, l’Occident même, que le chant des sirènes hypnotise doucement. En Allemagne, l’AfD, formation d’extrême droite vieille d’à peine cinq ans, a séduit plus d’un électeur sur dix. En France, le Front national s’est hissé pour la deuxième fois en moins de vingt ans au second tour des élections présidentielles. Mais ce ne sont là que des symptômes…

La démocratie permet à chacun de se présenter à l’élection. Même aux mécontents.

Les maux sont évidemment plus profonds. Il y a cette crise économique lancinante depuis les flambées pétrolières des années 70. Bien sûr, la majorité des citoyens vivent mieux que voici un demi-siècle (et l’oublient souvent). Mais les inégalités s’accroissent et les perspectives se noircissent. Il y a l’afflux migratoire qui effraie une partie des populations. Peur que la droite attise. Électeurs effrayés que la gauche moralise. Pendant que le problème demeure. Avec son lot d’inhumanités.

Il y a cette Europe qui se construit trop lentement, trop administrativement, trop étroitement. Il faudra l’incarner et la faire vivre davantage à ceux qui la peuplent pour espérer en faire autre chose qu’un défouloir commun pour politiciens en panne de solutions. Il y a cet islam radical qui tue. Qui terrorise. Cet islam radical qui n’est qu’un avatar extrême d’un islam politique beaucoup plus dangereux. Là, c’est une partie de la gauche qui ne voit pas. Comme elle n’avait pas vu le vrai visage de Mao.

Il y a ces affaires politiques, ces chamailleries politiciennes, entretenues par des médias parfois complices. Il y a ces mots débridés, indécents quand un président de parti (Bart De Wever), quelle que soit la responsabilité en cause, ne respecte pas la douleur d’une mère et d’un père. Ces mots terribles sous la plume d’un secrétaire d’État (Theo Francken) qui promet "un retour de boomerang dans la figure" aux recteurs d’université qui ont eu le tort de réclamer la régularisation des parents de Mawda, la petite fille tuée d’une balle perdue voici deux semaines. Il y a…

Les maux sont nombreux. Les solutions aussi. La démocratie a ce double avantage de permettre aux citoyens de s’exprimer et d’agir. S’exprimer par un vote. Beaucoup d’électeurs ont formulé leur ras-le-bol en cédant aux discours simplistes des populistes. L’Histoire a montré à suffisance les exploits des tenants de la facilité. Même plébiscités démocratiquement. N’oublions pas le deuxième aspect: agir. La démocratie permet à chacun de se présenter à l’élection. Même aux mécontents. La politique appartient à tous. Les premiers acteurs et les premiers défenseurs de la démocratie, c’est nous.


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