Le Brexit aux frontières de la folie

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Boris Johnson doit demander un report du Brexit aux Européens. Il a d'abord refusé, puis envoyé trois lettres disant tout et son contraire.

"Boris Johnson est un personnage pittoresque" confiait le président français Emmanuel Macron, vendredi après le sommet européen, avec un sourire explicite. Dans les cordes ce samedi après le vote des élus britanniques lui imposant de demander un report du Brexit, Boris Johnson a répliqué dans la seconde qu'il ne le ferait pas. Bien plus tard, il s'est ravisé et a envoyé trois lettres disant tout et son contraire. La première demande une prolongation, mais elle n'est pas signée. La deuxième dit qu'il ne veut pas de ce report. Et la troisième que le délai a été demandé pour respecter la loi.

"Pittoresque", n'est-il pas? Face aux Européens scrutant l'issue d'un suspens de trois ans, le Premier ministre britannique se moque avec cynisme de son parlement et de la loi. Tout est dit. Depuis le début, le Brexit est une praline indigeste enrobée de mensonge et de transgression que les "Brexiters" veulent faire avaler à un parlement qui n'en veut pas. Cette obsession arrive, cette fois, aux frontières de la folie.

Depuis trois ans, le Brexit affaiblit l'Europe. C'est le combat d'une force nationaliste, nostalgique d'un empire disparu, contre une coopération positive entre États, inévitable dans ce monde globalisé.

L'Union européenne, servie par Michel Barnier, traite l'affaire avec sincérité et fermeté, protégeant les Européens de cette peste. Elle devra continuer à le faire, car Boris Johnson est obligé de revenir vers l'Union pour réclamer un délai. Sans quoi, le Premier ministre britannique agirait en despote, le Brexit dur aurait lieu, plongeant l'Europe et le Royaume-Uni dans le chaos. Mais au lieu de prendre une décision ferme et responsable, il fait éclater avec ces trois missives l'image de son propre égarement.

Depuis trois ans, le Brexit affaiblit l'Europe, absorbant l'oxygène des sommets européens. C'est le combat d'une force nationaliste,  nostalgique d'un empire disparu, contre une coopération positive entre États, vitale et inévitable dans ce monde globalisé. Le combat d'une vieille société repliée sur elle-même contre celui de l'ouverture constructive. C'est aussi un virus agissant, pour paraphraser le vicomte Davignon, comme un vaccin sur l'Europe qui reste unie face aux tentations de division.

Cela n'a que trop duré. Il est temps que le feuilleton arrive à son dénouement, les puissances voisines comme la Russie, la Turquie et la Chine abusent de cet affaiblissement de l'Europe pour grandir. Il est temps d'en finir, car cette hystérie, dont le populisme décomplexé de Donald Trump est un autre symptôme, menace l'équilibre du monde.

L'Europe, de son côté, ne veut plus de négociation ni de report. Elle voudrait que le Parlement britannique se prononce une bonne fois pour toutes, sur l'accord de sortie. Vu les forces en présence, l'issue pourrait être un vote de rejet, murant l'accord et renvoyant le Brexit aux calendes grecques. L'issue pourrait aussi être un nouveau référendum où le peuple britannique se prononcerait sur son avenir, cette fois en toute connaissance de cause.

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