Le cercle fiscal et vicieux

Joan Condijts

L'édito de Joan Condijts, rédacteur en chef.

Serait-ce un cercle vicieux? Les scandales fiscaux se succèdent. Des commissions d’enquêtes fleurissent. Des mesures drastiques sont annoncées. Certaines même prises. Des moyens sont promis. Peu aboutissent. Et les rapports sur le banditisme fiscal continuent d’afficher, année après année, leurs dizaines de milliards d’euros qui échappent aux caisses publiques

Pourquoi la fraude prospère-t-elle tant?

Pourquoi la fraude prospère-t-elle tant?

Parce que des citoyens se montrent gourmands, avares, joueurs (ah cette jouissance de l’euro ôté à la gabegie générale), envieux, indélicats… Bref, ils fraudent. Petitement ou grandement. Oui, sans doute, la nature humaine explique-t-elle cette prospérité.

Parce que l’Etat taxe, non plus seulement pour assurer ce qu’il doit (les soins de santé, la sécurité, l’éducation, etc.) mais pour financer ses propres faiblesses (ces statuts auxquels nul n’ose toucher), ses manquements, ses excès, ses incohérences (rayer l’impôt de certaines entreprises pour maintenir l’emploi). Un Etat glouton qui finit par gober la moitié des revenus de ses travailleurs ou dépenser plus de la moitié de la richesse créée par la nation. Cet Etat-là n’encourage sans doute pas au civisme.

Et donc, les uns de crier au scandale, exigeant plus de contrôle, plus de moyens, in fine plus d’impôts. Les autres de hurler leur dégoût d’un bien commun si mal administré.

Tel est le cercle vicieux. Certes caricatural mais non moins vicieux…

Pour le rendre vertueux, ni beugler contre la fraude, ni s’époumoner contre d’incompétents politiciens ne suffira. Il faut en sortir. Le briser. En changeant le système, en redonnant du corps à une société qui se fracture sur des inégalités sociales. À commencer par une révolution fiscale profonde qui rééquilibrera les prélèvements sur le travail, aujourd’hui exorbitants, et sur le capital, maladroits, – en encourageant notamment un capital-risque créateur d’activités.

À mener parallèlement une véritable répression de la fraude fiscale, en s’attaquant prioritairement à la grande fraude (plus rémunératrice) plutôt qu’en traquant une petite fraude – la chasse mobilise beaucoup de moyens pour peu de résultats. De plus, la pression fiscale moindre réduira l’intérêt de la fraude. Sans l’annuler (la nature humaine…).

Enfin, à simplifier (et diminuer) l’impôt des sociétés. Sur ce dernier point, le gouvernement Michel emprunte la bonne voie. Mais c’est le seul.

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