Le dilemme des bijoux de famille

Martine Maelschalck

Le tabou des privatisations devrait tomber

Parmi les tabous qui devraient tomber en ce début de législature, la cession des participations publiques figure en bonne place. La vente des bijoux de famille de l’État (Belgacom, bpost, BNP Paribas) est un moyen imparable pour remettre de l’argent dans les caisses. Cette recette a d’ailleurs été bien utile dans les années 90, lorsqu’il s’est agi de mettre la Belgique sur les rails budgétaires pour son entrée dans l’euro. Pour mémoire, la quasi-totalité du secteur bancaire (les établissements publics de crédit) et une partie des sociétés de communications sont ainsi passées dans l’escarcelle du secteur privé.

On se demande d’ailleurs comment les privatisations, largement utilisées sous le gouvernement Dehaene Ier (centre-gauche), sont passées du statut de bonne vieille recette à celui de vache sacrée. Sauf qu’un certain Elio Di Rupo, ministre des Télécommunications de l’époque, avait juré ses grands dieux que Belgacom ne dépasserait pas le stade de la "consolidation stratégique", c’est-à-dire que l’État y conserverait une courte majorité. Force est de constater qu’il a tenu parole.

Le dilemme de la vente des joyaux de la couronne est connu: le cash ou les dividendes? Le "one shot" ou la rente? Quand les participations sont vendues, les entreprises concernées ne versent évidemment plus de dividendes à l’État puisque celui-ci n’est plus leur actionnaire. C’est l’éternelle histoire de la poule aux œufs d’or.

La question idéologique est connue aussi: si l’État perd son pouvoir de blocage dans une entreprise ex-publique, il ne peut plus peser sur ses décisions stratégiques. Mais précisément, l’État a-t-il vocation à rester actionnaire d’entreprises commerciales, dont il est d’ailleurs souvent client? C’est ce que le gouvernement Leterme affirmait haut et fort au lendemain du sauvetage de Fortis.

Certes, chaque cas est différent. Même en faisant abstraction de bpost, de la SNCB ou de Belfius qui pour des raisons diverses ne sont pas "mûres" pour la vente. Pour Belgacom, la décision serait véritablement stratégique puisque l’État y est toujours majoritaire. Tandis que pour BNP Paribas, la question n’est pas de savoir "si" il faut vendre les 10% de l’État belge, mais plutôt "quand", en fonction du cours de Bourse, histoire de ne pas y perdre d’argent.

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