Le dossier Fortis mérite davantage de sang-froid

Mais quelle mouche a piqué Yves Leterme et Didier Reynders ? Ces derniers jours, ils ont condamné de façon virulente les procédures judiciaires actuellement en cours dans le dossier Fortis. Le premier a laissé entendre que l’État pourrait faire marche arrière — et retirer l’argent investi — si la reprise de Fortis par BNP Paribas était annulée. Le second— un ancien avocat ! — a critiqué la déontologie des avocats défendant des petits actionnaires qui se sont pourtant logiquement tournés vers la Justice pour faire valoir leurs droits.

Bruxelles (L'Echo) - De la part de deux des plus hauts gradés du pays, on attendait davantage de sang-froid. Par leurs déclarations, ils font peser une pression tout à fait inacceptable sur la présidente du commerce de Bruxelles — qui n’avait pas besoin de cela pour mesurer l’importance de sa future ordonnance —, au mépris des principes fondamentaux de séparation des pouvoirs.

Mais, surtout, ils placent les activités belges de Fortis dans une situation potentielle d’incertitude, dans un flou majuscule, alors qu’ils n’ont cessé de répéter qu’ils ne laisseraient jamais une banque belge tomber ni un épargnant au bord de la route.

Certes, on sent Didier Reynders passablement nerveux pour le moment. Sans doute se rend-il compte qu’en voulant sauver Fortis de la débâcle, il a mécontenté des milliers d’actionnaires qui constituent le fonds de commerce de son électorat. Et que le rêve d’un MR vainqueur des prochaines élections risque d’être remisé au placard. Mais de là à pratiquer une sorte de politique de la terre brûlée… ?

De sang-froid, un autre haut responsable politique semble aussi en avoir manqué : Karel De Gucht ne peut décemment pas continuer à faire comme s’il ne s’était rien passé. Et à prétendre que son épouse a choisi par hasard de se défaire de ses titres Fortis un vendredi midi— c’est-à-dire après la longue nuit qui avait débouché sur l’accord de revente des activités hollandaises à l’État néerlandais, et avant le long week-end qui devait entériner la revente à BNP Paribas. Des informations qui étaient connues des seuls membres du gouvernement mis au parfum, dont le ministre des Affaires étrangères. Alors, pourquoi cette vente le vendredi midi, et pas dans les 4 jours qui ont précédé ?

Devant un tel faisceau de présomptions, ce n’est même plus de sang-froid dont il convient de faire preuve, mais d’un minimum de dignité.

Nicolas Ghislain 

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