Le jour où l'Otan s'éteindra

Frédéric Rohart

Sommet de l’Alliance transatlantique à Varsovie.

L’exercice est délicat. Il faut montrer que l’Otan est unie et forte sans encourager les généraux de Poutine à poursuivre l’escalade. Pendant deux jours, les dirigeants des pays membres de l’Alliance transatlantique sont réunis dans la ville symbole de Varsovie, où s’est formée l’alliance militaire du Bloc de l’Est en réaction à l’expansion stratégique du "Monde libre". Moscou, qui court derrière sa puissance passée, verra sans aucun doute dans ce symbole une provocation. Et ne manquera pas de s’irriter face à l’envoi de troupes de l’Alliance dans plusieurs pays de l’ancien espace soviétique. La mesure n’est pas belliciste – quatre bataillons de moins d’un millier d’hommes pour les pays baltes et la Pologne –, mais elle doit rassurer ces pays confrontés à un voisin prêt à tout pour défendre ce qu’il reste de sa zone d’influence historique.

C’est à chaque région de prendre en main sa stabilité. Avec l’Otan, c’est tout le contraire qui se passe: les Européens sont déresponsabilisés.

L’Otan devrait aussi répéter à l’intention de Moscou qu’attaquer un de ses membres reviendrait à agresser l’ensemble de l’Alliance – une couche de peinture sur la ligne rouge.

L’Alliance est donc plus unie et forte que jamais, tel est le message. En l’état, elle est pourtant obsolète. Elle repose tout entière sur les épaules des États-Unis, qui ne veulent plus endosser le rôle de gendarme universel. Et elle est l’incarnation du monde d’hier, cet espace bipolaire qui a mené les relations internationales dans des tensions d’une intensité inégalée. À long terme, la survie de cette institution n’est ni garantie ni forcément souhaitable. Dans le monde multipolaire qui se construit, c’est à chaque région de prendre sa stabilité en main. Avec l’Otan, ce dôme de protection américain sur le Vieux continent, c’est tout le contraire qui se passe: les Européens sont déresponsabilisés. La Belgique en est l’illustration extrême, qui consacre à peine 0,85% de son produit intérieur brut à la défense. Il est grand temps que les Européens songent collectivement à sortir du nid de l’aigle américain. À investir dans une véritable Europe de la défense et, à terme, créer une véritable armée commune. Ils permettront ainsi à l’allié américain de rester en retrait, ce qui réduira les risques d’escalade entre les vieux blocs.

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