Le parc Maximilien, épicentre émocratique…

Joan Condijts

A l'ombre des gratte-ciel bruxellois et de la gare du Nord se sont réfugiées des centaines de personnes venues d'ailleurs, et autant de tragiques histoires de déracinement. Mais écouter ces drames individuels ne suffira pas à régler une crise qui est globale.

La question migratoire exprime, dans toute sa puissance dramatique, l’écartèlement entre la tristesse des destinées individuelles et la froideur des règles qui président à la cohésion d’une société humaine. Combien de ces trajectoires de femmes et d’hommes fuyant une misère lointaine ont été narrées, déclenchant honte, consternation, pitié, empathie, rarement indifférence (sauf à être blasé ou d’un égoïsme extrême)? Le parc Maximilien n’en est que le dernier avatar…

Le transmigrant peut demander l’asile et l’obtenir s’il y a droit ou devra quitter le territoire.

Cet espace vert à l’ombre des gratte-ciel bruxellois "héberge" des centaines de personnes, pour la plupart se trouvant en situation illégale sur le sol belge, en attente de passer la Manche et rejoindre le Royaume-Uni, dans l’espoir d’une vie moins obscure. Une situation intenable, pour ces passagers qu’on nomme désormais "transmigrants" comme pour les habitants du quartier. Une situation qui fleure l’étau politique: entre un gouvernement fédéral de centre droit qui n’est guère enclin à aider les gestionnaires rouges de la capitale et ces derniers qui n’ont aucun intérêt à "vider" le parc de ses occupants sous peine de se mettre une partie de leur électorat à dos…

L’équation est complexe. La solution pourrait passer par un traitement humanitaire organisé par l’État, voire une régularisation pure. Ne sont en effet concernées, en l’occurrence, que quelques centaines de personnes. Ce serait malheureusement oublier le signal donné aux dizaines de milliers de personnes qui, à la périphérie du continent, aspirent à une existence plus rose en son sein. Un signal qui pourrait créer une situation humanitaire plus dramatique encore, à moins que la Belgique ne soit en mesure d’absorber un afflux massif de migrants. Ce qui ne semble ni être une volonté sociale (si on se réfère aux sondages en la matière), ni une décision pécuniairement sage, au vu des défis budgétaires de l’État.

Complexe, l’équation n’en doit pas moins être résolue. Avec toute l’humanité qu’exigent les valeurs fondant notre État. Une résolution qui ne pourra s’exonérer d’un dialogue entre les autorités de la Ville (responsables du parc), la Région (en charge de la lutte contre la pauvreté) et le gouvernement fédéral (en charge de l’asile et de la migration). Une résolution qui passera par l’application de la loi et le respect de la Convention de Genève sur le statut des réfugiés. Autrement dit, le transmigrant peut demander l’asile et l’obtenir s’il y a droit ou devra quitter le territoire.

Plus globalement, la résolution de l’équation migratoire ne pourra passer que par un équilibre entre une politique qui ne met en avant que des destins individuels, suscitant culpabilité et émotion, et son contraire qui réduit les migrants à l’avidité et la violence. C’est-à-dire en sortant de l’émocratie et en entrant pleinement dans un État de droit conscient de l’apport économique d’une immigration régulée selon des règles claires et lisibles par tous.

Lire également

Echo Connect