Le réchauffement écologique

©Sofie Van Hoof

Deux questions après cette percée verte. Les écologistes pourront-ils transformer "le signal de l’électeur" en prise de pouvoir? Quelle sera la durabilité de ce rebond vert?

Serait-ce le fol été indien qui incendie le ciel depuis quelques jours? Les dernières prévisions climatiques effrayantes du Giec? Ou plutôt les 700.000 néo-votants? Les écologistes ont éclaboussé les élections communales de leurs voix, bousculant dans de nombreuses entités wallonnes, et particulièrement à Bruxelles, les formations qui détenaient les rênes du pouvoir. Mieux, même dans les conseils où ils régnaient déjà, les verts confirment souvent leur éclat. Un succès qui appelle deux questions.

Primo, les écologistes pourront-ils transformer "le signal de l’électeur" en prise de pouvoir? Car ce fameux signal brandi par de nombreux "gagnants" au soir d’un scrutin favorable n’est jamais qu’une illusion démocratique. Un concept vague et malléable que les femmes et hommes politiques manient à l’envi. La majorité, même en politique, ne repose que sur l’arithmétique… Les écologistes devront donc convaincre des partenaires d’embarquer avec eux, ou plutôt de les emmener avec eux, parce que dans la plupart des cas, les verts n’ont qu’un rôle de pivot.

Secundo, quelle est la durabilité de ce rebond vert? Le mot "rebond" est employé ici à dessein: la formation écologiste a déjà démontré lors d’élections précédentes sa capacité à séduire pour s’effondrer avec fracas lors des scrutins suivants. Si les élections législatives de mai prochain peuvent confirmer la forme d’Ecolo, le véritable rendez-vous sera en 2024. Autrement dit, Ecolo parviendra-t-il à prendre la place d’un cdH moribond, entre le MR et le PS ? Voire davantage ?

Le Parti socialiste sera confronté au dilemme cornélien de pactiser avec son principal ennemi sur le terrain de gauche ou de l’écarter au risque de lui offrir un rôle de victime.

Les verts sourient, les bleus grimacent. Dans la bataille des blocs de gauche et de droite, c’est le Parti socialiste qui l’emporte. Ou formulé plus précisément: les libéraux semblent davantage payer leur participation au gouvernement fédéral avec la N-VA que les rouges n’essuient la note de leur implication dans nombre d’affaires obscures (Publifin, etc.). Et, outre Ecolo, l’extrême gauche en tire les bénéfices: le PTB fait une entrée fracassante dans de nombreux conseils communaux et pourrait même être appelé à arbitrer les débats, donc à participer au pouvoir.

Le Parti socialiste sera par conséquent confronté au dilemme cornélien de pactiser avec son principal ennemi sur le terrain de gauche (bref de le mouiller très habilement) ou de l’écarter au risque de lui offrir un rôle de victime. Surtout à s’allier à un parti extrémiste pour former des majorités que d’aucuns, dans les rangs socialistes, qualifient déjà de "progressistes". La rhétorique permet bien des choses…

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