Le vrai dilemme de la société belge

Martine Maelschalck

Comment se débarrasser des "papy boomers"?

Le secteur bancaire n’aura peut-être pas été "la sidérurgie des années 90", ni des années 2000, mais depuis des décennies, l’emploi s’y replie inexorablement, de sorte que, si l’on fait le bilan, ce sont bel et bien des milliers de postes qui sont passés à la trappe. Dans ce contexte global marqué par l’informatisation des opérations, les fusions bancaires ou la crise financière, certaines banques peuvent cependant s’appuyer sur une structure coûts/bénéfices plus favorable tandis que d’autres restent marquées par le poids du passé.

BNP Paribas Fortis entre dans cette deuxième catégorie. Fruit d’une histoire compliquée et de multiples fusions, l’organisation de la banque belge est notamment toujours marquée par les concessions consenties par Fortis au moment de la privatisation de la CGER dont les employés bénéficiaient, à l’époque, d’un statut de quasi-fonctionnaires. Cette situation a toujours fait jaser les "ex-Générale de Banque" sur le dos des "ex-CGER", mais le sentiment d’injustice de certains membres du personnel s’est encore accentué lorsque la banque a commencé à engager de jeunes recrues à des conditions moins confortables que celles de leurs aînés.

Du coup, ces derniers se sont retrouvés accusés de tous les maux, comme lorsqu’un responsable des ressources humaines a cru bon d’ironiser sur ces quinquas "qui ne font plus rien d’autre que regarder grossir leur salaire". Quand le document de travail concocté par BNPP Fortis veut "mieux rémunérer ceux qui font la différence", il ne tient pas un autre discours. À l’en croire, les derniers "papy boomers" grossissent la hiérarchie et coûtent cher à la banque, l’empêchant de rémunérer à leur juste valeur les nouveaux arrivés plus performants.

Le dilemme vécu par BNPP Fortis et par la plupart des banques est celui de toute la société belge: l’âge de la pension sera prochainement repoussé à 67 ans alors que les entreprises n’ont qu’une idée en tête: se débarrasser en douce (avec des prépensions qui ne disent plus leur nom?) des travailleurs seniors qui leur coûtent cher et qu’elles ne font pas l’effort d’impliquer de manière créative dans leur mode de fonctionnement.

Lire également

Echo Connect