Les damnés de la Terre

©Sofie Van Hoof

Dans son livre de rentrée, intitulé "Nouvelles conquêtes", Elio Di Rupo propose "pour toute personne dont le capital est supérieur à 1,25 million d’euros – hors résidence privée et avoirs professionnels" un prélèvement de base de 5.000 euros qui est majoré (jusqu’à 1,5%) pour les tranches de capital supérieures. Selon la Cour des comptes, que cite le président socialiste, la mesure rapporterait 2,3 milliards aux caisses de l’État. En bref, un impôt sur la fortune.

Attaqué sur sa gauche, Elio Di Rupo rejoint de la sorte le PTB (en forte croissance dans les récents sondages), partisan de longue date d’un tel impôt. Les communistes entendent même en retirer 8 milliards. Ni les premiers, ni les seconds n’apportent cependant une recette juste et crédible quant à la réalisation d’un tel projet, qui se heurte toujours à l’absence et, partant, à la définition d’un cadastre des fortunes.

Durant l’été, le gouvernement Michel s’est également intéressé au capital. Via les avoirs boursiers. La majorité fédérale compte instaurer un prélèvement de 0,15% sur les comptes-titres garnis de plus de 500.000 euros.

Si le capital a toujours été une cible de la gauche, jusqu’à la caricature pour l’extrême gauche, cette richesse est de plus en plus lorgnée par la droite. Comme l’a démontré l’économiste français Thomas Piketty, le rendement du capital croît plus rapidement que l’économie, phénomène qui accentue les inégalités sociales. Aussi, taxer le capital avec efficacité (c’est-à-dire sans créer ni effets pervers, ni nouvelles sources d’injustice) relève d’une évidente justice sociale.

La taxation de la richesse ne doit toutefois pas apparaître comme la panacée fiscale. Voire un argument purement populiste et électoral (une réalité au PTB, une tentation au PS). Comme elle ne doit pas servir de paravent au gouvernement Michel. Parce que cette taxation de la richesse réclame un pendant: la réduction de la taxation sur le travail. Surtout dans un royaume qui en la matière se hisse sur le podium mondial des États les plus gourmands.

Elio Di Rupo ne l’envisage pas. Au contraire, dans son dernier opus, le président du PS globalise les revenus du capital et du travail pour leur appliquer le régime actuel de l’impôt des personnes physiques. Le gouvernement Michel, quant à lui, hormis un "tax shift" timide en début de législature, ne semble pas se diriger vers une telle (r)évolution fiscale.

Les scores théoriques de l’extrême gauche ne peuvent plus s’expliquer par la seule action des "damnés de la Terre" que convoque l’"Internationale". Paradoxalement, la "classe moyenne" cède aussi aux sirènes rouges et à leurs promesses vaines. Ce sont les désespérés de la Terre. Leurs rangs grossissent. Ils travaillent souvent dur. Mais rétrocèdent beaucoup. Un rééquilibrage fiscal est nécessaire pour que leurs espoirs ne s’éteignent pas. Et qu’ils ne finissent par avoir le sentiment d’être "damnés"…

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