Les mots de Sophie ou les maux de la mobilité

Joan Condijts

L'édito de Joan Condijts, rédacteur en chef.

Mercredi dernier, après plus de six mois de plongée dans les méandres de ses nouvelles fonctions, la patronne de la SNCB présentait l’essence de ses ambitions devant les députés. Des objectifs bien maigres au regard des défis colossaux qui s’imposent à ce royaume englué.

Que veut Sophie Dutordoir? Grosso modo, des trains à l’heure, un souci du client plus aigu, réduire l’absentéisme au boulot, un rail plus sûr, des dirigeants qui soient moins les pantins des élus qui les ont propulsés… Un programme mince. Implicite en fait (des trains à l’heure, des cheminots au travail…). Et très révélateur…

Ce n’est donc pas Sophie Dutordoir qui manque d’ambitions pour la SNCB, c’est la Belgique qui ne se donne pas les moyens de ses ambitions.

Pourquoi une femme de pouvoir qui a déjà dirigé deux grandes sociétés belges, affiche-t-elle de si basiques intentions? La réponse est évidente: la consternation. Celle provoquée par la découverte d’une entreprise dans un état lamentable offrant des services à l’avenant. Aussi Sophie Dutordoir a-t-elle pointé sans ambages les maux de cette institution centenaire (absentéisme, obsolescence technologique, gestion inappropriée…) et employé des mots particulièrement fermes devant les représentants du peuple, affirmant vouloir des chemins de fer "qui puissent fonctionner comme une entreprise normale avec une gouvernance claire et efficace".

Et, ces mots (de la Gantoise), ces maux (de la SNCB) ne sont finalement que le reflet d’une politisation à outrance qui a gangréné la SNCB jusqu’à l’impuissance, le reflet d’un syndicalisme qui s’est hissé en cabinet parallèle et s’est perdu dans ses chimères conservatrices, le reflet d’une entreprise qui ne roule tout simplement plus.

Enfin, le reflet d’une Belgique de plus en plus immobile…

Car – hasard des agendas – au moment où la patronne peignait son triste tableau, de nouveaux chiffres sur le coût de la congestion automobile étaient brandis par le ministre fédéral de l’Economie, Kris Peeters (CD&V): 105 millions par an à Bruxelles, 150 même à Anvers. Ce n’est donc pas Sophie Dutordoir qui manque d’ambitions pour la SNCB, c’est la Belgique qui ne se donne pas les moyens de ses ambitions. Et qui dit "moyens" n’entend pas nécessairement "pécuniaires". De l’argent sera certes nécessaire mais ce qu’il faudra peut-être plus encore, c’est une politique volontaire, véritablement ambitieuse dans le geste et non dans le verbe, une rupture dans la culture politicienne et quelque souplesse progressiste dans l’approche syndicale pour permettre non seulement à Sophie Dutordoir de remettre cette SNCB sur les rails mais de créer les conditions pour sortir la métropole bruxelloise, cœur économique du pays, ainsi que plusieurs de ses grandes cités, du bourbier dans lequel des transports publics mal organisés ou insuffisants, l’inconséquence dirigeante et la lenteur administrative les ont plongées.

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