Les oripeaux de Singapour

Le sommet Kim/Trump

Le sommet historique entre Donald Trump et Kim Jong-un a abouti à un accord sur la dénucléarisation de la Corée du Nord. Bien sûr, on ne peut que se réjouir de voir la diplomatie prévaloir alors que Trump et Kim ont longtemps fait résonner les bruits de bottes dans la péninsule coréenne à grands renforts de déclarations tapageuses. Ce sommet va effectivement dans la bonne direction. L’espoir est là. Mais il faudrait être d’une naïveté confondante pour estimer que le désarmement nord-coréen est une réalité et que la paix est déjà au rendez-vous.

Ce sommet constitue au mieux le début d’un processus de négociations qui s’annonce long et difficile.

À ce stade, le leader nord-coréen sort grand vainqueur de cette séquence inédite. Trump lui a offert une visibilité, une légitimité et un brevet de respectabilité alors qu’il était jusqu’il y a peu un paria international. Voilà au moins 25 ans que le régime reclus en rêvait… Au passage, on soulignera que Kim n’a rien dû lâcher sur la démocratie ou le respect des droits humains alors qu’il s’agit d’une des pires dictatures de la planète. Et il a obtenu la fin des exercices militaires conjoints entre les Etats-Unis et la Corée du Sud.

Les quelques concessions offertes par Pyongyang n’en sont pas vraiment, à l’instar de la fermeture d’un site d’essais nucléaires – de simples tunnels – qui ne constitue pas une preuve de démantèlement. L’ambition stratégique du régime nord-coréen n’est de toute façon pas de posséder l’arme nucléaire. Son programme lui sert en quelque sorte d’assurance-vie.

La déclaration signée par Trump et Kim reste vague. Elle ne contient aucun échéancier. Elle ne précise pas que la dénucléarisation doit être "vérifiable et irréversible", comme le réclamaient pourtant les Etats-Unis avant le sommet de Singapour. Quel contraste avec l’accord nucléaire iranien, balayé stupidement par Trump alors que c’est un texte complet, précis, élaboré par toute la communauté internationale, respecté par Téhéran et dûment vérifié par l’Agence internationale de l’énergie atomique.

Bref, malgré les torrents d’autosatisfaction et d’optimisme éructés par le locataire de la Maison-Blanche, ce sommet constitue au mieux le début d’un processus de négociations qui s’annonce long et difficile. Il faudra sans doute une décennie. Or, la Corée du Nord est championne du monde des promesses non tenues. La majeure partie de ses engagements annoncés hier avaient déjà été prononcés par le passé, sans jamais être suivis d’effets (cf. les accords de désarmement de 1994 et 2005). Quant à Trump, rien ne dit qu’au gré d’une saute d’humeur dont il a le secret, il ne déchirera pas, dans quelques semaines ou quelques mois, cet accord par un tweet rageur

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