Les portefeuilles ont voté

Denis Laloy

Le verdict des urnes en Turquie

Trois semaines après un attentat-suicide qui a fait 102 victimes à Ankara et alors que les combats entre l’armée turque et les rebelles kurdes du PKK ont regagné en intensité, les urnes ont rendu leur verdict, dimanche en Turquie. Les Turcs ont plébiscité le Parti de la justice et du développement (AKP), en restituant à ce parti islamo-conservateur la majorité absolue qu’il avait perdue au Parlement en juin dernier. La figure intransigeante de Recep Tayyip Erdogan, l’homme fort de l’AKP, aura sans doute rapporté quelques voix au parti qu’il a cofondé il y a 14 ans. Mais c’est davantage avec leur portefeuille que les Turcs ont voté.

La figure ferme d’Erdogan a certes ramené quelques voix à l’AKP, mais les Turcs ont davantage voté avec leur portefeuille.

L’économie, en effet, est dans une mauvaise passe. Son taux de croissance s’essouffle, tandis que le taux de chômage augmente. Les hausses de prix se multiplient, ce qui diminue le pouvoir d’achat des Turcs. Les prix des biens importés, notamment, augmentent, en raison de la dépréciation de la livre, la monnaie nationale. La banque centrale est coincée entre la tentation de relever les taux pour freiner l’inflation et celle de les abaisser afin de doper la croissance. De nombreux Turcs estiment à juste titre que c’est sous les mandats d’Erdogan en tant que Premier ministre que leurs affaires ont le plus prospéré.

C’est, estiment ces mêmes Turcs, depuis que le "sultan" a troqué son costume de Premier ministre pour celui, plus protocolaire, de président que le Tigre anatolien a commencé à s’essouffler. En faisant de lui, dimanche, l’homme de la situation, les Turcs lui ont demandé de retendre les ressorts qui permettront au Tigre de rugir à nouveau.

Gageons à cet égard qu’il calme le jeu sur la question kurde, dont le règlement pacifique pourrait, aussi, rassurer les touristes et soutenir ainsi un des secteurs clés de l’économie. Et gageons aussi qu’à l’instar d’un Bart De Wever en Belgique, Erdogan calme le jeu sur le plan institutionnel et sur ses velléités autocratiques pour se concentrer sur l’économie, la matière dans laquelle il s’est montré, jusqu’à présent, le plus convaincant.

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