Les surprises des chefs

Frédéric Rohart

Charles Michel, président du Conseil européen.

Le travail aura été long et difficile, la délivrance n’en est que plus belle. Et on ne l’écrit pas seulement parce qu’un Belge, Charles Michel, obtient l’un des deux principaux postes de la hiérarchie institutionnelle européenne. Au terme de trois journées d’épuisantes négociations, les Vingt-Huit l’ont choisi pour organiser leurs futurs débats au sein du Conseil européen – orchestrer les discussions qui définiront les grandes orientations de l’Union au cours, au moins, des deux ans et demi à venir. En plus d’être une victoire pour la famille "libérale" européenne (le mot ne plaît pas à sa composante française), et en plus d’être une consécration personnelle pour le Premier ministre, c’est un succès diplomatique pour la Belgique, dont l’influence sur la scène européenne souffrait de la corrosion intérieure.

Gageons que les eurodéputés valideront ce choix et éviteront ainsi la crise institutionnelle

Le choix d’Ursula von der Leyen comme "candidate" pour la présidence de la Commission européenne envoie aussi un signal réjouissant. Pour la première fois, si elle est confirmée par le Parlement, le navire exécutif européen sera commandé par une femme. Revers de la médaille: la chrétienne-démocrate allemande ne porte pas l’étendard de l’alternance, puisqu’avec elle, le Berlaymont sera une nouvelle fois dirigé par la famille du Parti populaire européen (PPE). Vingt ans de pouvoir au sommet d’une institution, ce n’est pas sain. Mais ça ne va pas à l’encontre de la volonté des électeurs, puisque le PPE reste la première famille politique de l’Union. Autre surprise réjouissante, la désignation de Christine Lagarde à la tête de la Banque centrale européenne marque également un pas en avant dans le rééquilibrage des genres aux hautes fonctions, en même temps qu’elle semble annoncer la continuité d’une politique monétaire intelligente, consciente de la subtilité de son rôle.

L’issue du conclave est d’autant plus belle qu’elle a abouti à un résultat unanime. Le Conseil européen est parvenu à dépasser des divisions qui pouvaient paraître insurmontables. Reste à mesurer le prix de cette unité. Les pays d’Europe centrale et l’Italie rejetaient la précédente tentative de compromis qui voyait le champion de la défense de l’État de droit en Europe, Frans Timmermans, à la tête de la Commission. Pour que les Européens n’aient pas perdu au change, l’heureuse élue allemande devra se montrer aussi intraitable sur ces sujets que ne l’aurait été le travailliste néerlandais. Reste, enfin, à écouter le Parlement européen, qui doit élire son président ce mercredi. Sans son aval, Ursula von der Leyen ne pourra commander la Commission. Gageons que les eurodéputés valideront ce choix et éviteront ainsi la crise institutionnelle – la dernière chose dont l’Union ait besoin.

Lire également

Echo Connect