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Madrid et Barcelone doivent désamorcer la bombe catalane

©Sofie Van Hoof

L’argent, la religion et la langue ont façonné, plus dans le sang qu’à l’encre sage, la mosaïque des nations européennes. Des siècles de querelles humaines pour des parcelles de terre, synonymes de puissance et de prospérité. Le XXe siècle en aura été l’apogée. Celui de la mort industrialisée au nom de la pureté nationale. Et au zénith de l’horreur, la contrition saisit la plupart des Européens. L’idée d’une union supranationale, débarrassée des oripeaux hégémonistes des uns et des autres, pouvait éclore. Et a éclos.

L’Europe se construit. Lentement. Maladroitement. Ce chantier permanent et fastidieux n’a cependant pas éteint les identités passionnées. Et tel ne doit d’ailleurs pas être son objectif car, reconnaissons-le, aussi absurdes fussent-elles, ces identités, religieuses ou culturelles, peuvent se révéler extrêmement riches et créatrices. Le but est plutôt de les canaliser et d’en favoriser la majesté plutôt que de laisser des marionnettistes s’en emparer et utiliser leurs partisans pour servir leur soif de pouvoir dans un délire meurtrier.

Si les gouvernements de l’une et l’autre persistent dans l’impasse et confient au peuple le soin de trancher, des hommes et des femmes périront.

La question de la Catalogne s’inscrit dans ce contexte aux accents tristement romantiques. Si le bras de fer entre indépendantistes catalans et gouvernement espagnol se jouait jusqu’à présent sur le terrain politique, la mascarade du référendum a porté, le week-end dernier, la lutte dans la rue, donnant lieu à des scènes de violence que l’Europe occidentale croyait révolues.

Une mascarade car de ces urnes n’est rien sorti de crédible (42% de votants…). Une mascarade parce que cette consultation n’est qu’une nouvelle escalade dans cette bataille qui oppose des conservateurs espagnols qui se braquent, refusant aux Catalans ce qu’ils octroient aux Basques, et des indépendantistes catalans qui, fort de leur majorité parlementaire, oublient qu’elle ne reflète qu’une minorité des suffrages (moins de 48%).

Le désamorçage de la bombe catalane passe irrémédiablement par Madrid. Et Barcelone. Si les gouvernements de l’une et l’autre persistent dans l’impasse et confient au peuple le soin de trancher, des hommes et des femmes périront. Immanquablement. La Catalogne, l’Espagne et l’Europe auront perdu.

Au-delà de Madrid et de Barcelone, il est d’ailleurs plus qu’urgent que les dirigeants européens éclaircissent cette notion qu’est le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et trouvent des méthodes acceptables pour que ces identités si souvent meurtrières soient canalisées et non exacerbées. Tel sera le prix d’une démocratie saine et durable.

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