Nationalisme, ce mot tabou

©Nima Ferdowsi

Quelle mouche a donc piqué le ministre-président Rudy Demotte? Ce politologue de formation n’ignore pas que le terme "nationalisme" est l’un des plus sulfureux de la politique belge, du moins en ce début de XXIe siècle. Il l’a pourtant glissé au détour d’une conférence de presse sur les fêtes de Wallonie, défendant "un nationalisme wallon qui ne serait pas réducteur".

Invité à préciser sa pensée au micro de la RTBF, il évoque le besoin des Wallons de retrouver de la confiance en eux-mêmes, une certaine fierté. Et assure que cela s’inscrit parfaitement dans un cadre fédéral, comme "une brique dans un mur, un élément qui consolide l’ensemble".

En Belgique, un tel positionnement ne s’appelle pas nationalisme mais régionalisme. Il est d’ailleurs repris quasiment tel quel par Jean-Claude Marcourt, régionaliste wallon assumé (lire notre interview).

Demotte aurait pu (dû?) bifurquer vers ce terme politiquement plus correct. Mais il a choisi de s’engluer dans des explications sémantiques sur le nationalisme, pour tenter de distinguer sa conception de celle de la N-VA et de son "nationalisme d’exclusion".

Dans l’absolu, il n’a pas tort. L’histoire politique nous montre que le nationalisme a été brandi par la droite, par la gauche, par des gens respectables comme des gens bien moins respectables. Mais dans la Belgique d’aujourd’hui, la force de la connotation indépendantiste balaie toutes les nuances. Et ça, le ministre-président devait le savoir.

Le débat est donc parti en vrille. Dommage car, en présentant les fêtes de Wallonie, Rudy Demotte remettait sur la table un vrai enjeu: le besoin des Wallons de retrouver confiance en leur destin, de sortir de cette sorte d’auto-dénigrement, comme s’ils avaient trop bien intégré les images caricaturales véhiculées par la N-VA. C’est absolument indispensable pour gonfler l’esprit d’initiative et transformer l’essai préparé par le Plan Marshall. Les éléments positifs existent, à l’instar de ces projets innovants des pôles de compétitivité présentés par L’Echo depuis une semaine.

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