Non, ce n'est pas une nouvelle ère

Philippe Galloy

L’Opep limite sa production de pétrole

Finalement, le monde n’a pas tellement changé. En novembre 2014, quand l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) avait annoncé qu’elle maintenait sa production inchangée, alors que tout le monde s’attendait à une baisse, les investisseurs y avaient vu le signal d’un abandon de la stratégie de soutien des prix pétroliers que le cartel avait menée pendant des décennies. Des analystes parlaient même d’une nouvelle ère. Dans la foulée, les prix pétroliers avaient accentué leur chute et étaient passés en dessous de 30 dollars le baril.

Notre pouvoir d’achat reste sous l’influence des prix à la pompe, liés à la stratégie d’un cartel de quatorze pays producteurs de pétrole.

Mais deux ans plus tard, il apparaît qu’il n’existe pas vraiment de nouvelle ère. Les producteurs pétroliers ne peuvent pas se permettre de vivre longtemps en vendant leur or noir à des prix trop bas. L’Arabie saoudite, premier producteur au sein du cartel, aura des problèmes budgétaires si ses rentrées financières ne remontent pas rapidement. Elle a donc fini par mettre de côté sa rivalité grandissante avec l’Iran pour aboutir à un accord qui réduit l’offre de pétrole de l’Opep, pour la première fois depuis 2008.

Il y a deux ans, on pensait aussi que le développement de la production de pétrole de schiste avait sonné le glas du cartel de l’Opep, les Etats-Unis étant devenus les premiers producteurs pétroliers au monde. Mais en laissant les prix pétroliers chuter depuis novembre 2014, l’Opep a tout de même réussi à évincer beaucoup de producteurs américains du marché. Si bien qu’aujourd’hui, le cartel peut se permettre de soutenir à nouveau les cours.

Mais ce qui devrait nous préoccuper davantage, c’est la persistance de notre dépendance au pétrole, malgré toutes les avancées en matière d’énergies renouvelables ou de réduction de la consommation. Notre pouvoir d’achat reste sous l’influence des prix à la pompe, directement liés à la stratégie d’un cartel de quatorze pays producteurs de pétrole. Nos moyens de transport et de chauffage continuent à envoyer du gaz carbonique dans l’atmosphère. Dommage, finalement, que le monde n’ait pas tellement changé.

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