Probité et exemplarité

©Debby Termonia

L'édito d'Alain Narinx.

Tous pourris! Tous ces politiciens sont corrompus. Ils s’en mettent plein les poches. Ce sont des privilégiés. Ce genre de sentences assassines, vous les avez certainement déjà entendues. Voire approuvées et partagées. Et il faut bien reconnaître que les principaux intéressés ne font pas toujours tout pour donner tort à leurs contempteurs. Les scandales Samusocial ou Publifin, pour ne citer que deux exemples récents flagrants, en témoignent.

Pourtant, plus que jamais en ces temps où le populisme trouve un écho largement favorable amplifié par la caisse de résonance des réseaux sociaux, il faut marteler que l’intelligence réclame de ne pas tomber dans la vindicte facile et aveugle. Il faut un regard critique et implacable, certes. Mais aussi de la nuance. Non, tous les politiciens ne sont pas pourris. Oui, beaucoup font même admirablement leur job difficile. Au Parti socialiste, pour mettre en exergue le parti le plus honni, de très nombreux mandataires ou top managers dans les administrations publiques sont irréprochables.

La dernière analyse de la déclaration des mandats et de patrimoine, que vous lirez en page 6, requiert une telle approche réfléchie. Sans concession: des élus sont en défaut et c’est inacceptable. D’autres cumulent éhontément – 27 mandats rémunérés pour la championne de Belgique – et c’est indéfendable. Sans concession, mais pas sans nuances, disions-nous. Quand six des sept ministres wallons sont épinglés pour avoir oublié de déclarer des mandats, il faut dire qu’ils ne sont pas sans reproches… tout en relativisant aussitôt: il s’agit pour l’essentiel de reliquats du passé, de mandats gratuits, et de contingences administratives. Pas de quoi pendre un Borsus aux grilles de l’Elysette…

La politique est un métier exigeant. Pouvoir et argent y sont de puissantes tentations. Mais parce qu’ils l’exercent au nom du bien public – et avec l’argent de nos impôts –, les responsables politiques ont un devoir de probité. Cela nécessite des règles draconiennes. Or, malgré la "tornade éthique" promise par certains, on reste encore sur notre faim. Le décumul intégral, par exemple, n’est pas encore une évidence pour tous. La limitation de rémunérations parfois excessives non plus. Il faut donc encore aller plus fort, plus loin, plus vite.

La pratique politique elle-même doit changer. Les Belges sont obligés de travailler jusqu’à 67 ans? On voit les parlementaires hésiter à renoncer à leur départ anticipé à la pension. L’administration est au pain sec et à l’eau, cure d’austérité budgétaire oblige? Les partis, financés par dotation publique, y échappent, comme vous le montre notre dossier en page 9. S’ils veulent recouvrer la confiance des citoyens, les politiciens ont aussi un devoir d’exemplarité. Le chantier ne fait que commencer.

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