François Bailly

Soyons clairs. Dans son habit d’actionnaire majoritaire, l’État belge a toujours été schizophrène. En réclamant, en surplus de cette paix sociale, sa Saint-Nicolas.

La paix sociale. Demandez à un(e) CEO de Proximus ce qui a toujours importé le plus pour l’État actionnaire. Il ou elle ne vous répondra pas des prix bas. Il ou elle ne vous dira pas de gras dividendes. Il ou elle ne pensera même pas au service universel. Non, la réponse fusera telle une communication à l’heure de la 5G: la paix sociale. Soyons clairs. Dans son habit d’actionnaire majoritaire, l’État belge a toujours été schizophrène. En réclamant, en surplus de cette paix sociale, sa Saint-Nicolas. En attaquant, à fréquence constante, l’opérateur et sa CEO Dominique Leroy sur le coût trop élevé des communications en Belgique. Mais il restait toujours ce contrat: "on ne touche pas à l’emploi".

Ainsi agirait une entreprise 100% privée. Chez Proximus, l’État actionnaire pourrait au final tout perdre.

Ce contrat, Proximus, aujourd’hui, est proche de le rompre… et l’État actionnaire lui a offert le meilleur des arguments pour le faire en élargissant le marché télécom belge à un potentiel quatrième opérateur, aux côtés de Proximus, Orange et Base.

Le rêve d’Alexander De Croo, ministre des Télécommunications jusqu’il y a peu, est connu. Il est d’attirer Free et ses prix cassés chez nous. Belle plume sur un chapeau en perspective, à une époque où on ne parle que du pouvoir d’achat.

Sauf que l’arrivée de Free est aujourd’hui un lointain mirage. Seule reste la psychose de ce que cette arrivée pourrait signifier sur le marché.

Cette psychose, Proximus s’en est emparé pour s’attaquer à sa structure de coûts (l’emploi) comme d’autres opérateurs historiques se sont attaqués à leurs structures ces dernières années: KPN aux Pays-Bas, SFR en France.

La démarche, si elle se confirme, serait d’une logique implacable à l’heure où le marché est des plus concurrentiels et où les nouveaux concurrents ne s’appellent finalement pas Free mais Facebook (WhatsApp) ou Netflix (que deviendra la télé?). Elle serait cynique parce qu’elle s’inscrirait au nom de la croissance. Ainsi agirait une entreprise 100% privée. Et le management de Proximus serait encore plus cynique qu’il aurait frappé en pleines affaires courantes, quand son actionnaire est déjà en branle-bas de combat.

Au final, l’État belge pourrait tout perdre. Sauf peut-être de gras dividendes.

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