Si Benoît ne s'était pas braqué…

©Debby Termonia

Par Joan Condijts, rédacteur en chef

L’histoire ne se réécrit pas. Mais lire le présent à la lumière de ce qui s’est passé offre une perspective intéressante sur les gestes à poser demain. Empruntons donc quelques instants la machine à explorer le temps de Herbert George Wells. Non pour aller loin, à peine trois étés en arrière…

En 2014, les urnes sacrent Bart De Wever roi de Flandre. La N-VA devient un pilier (quasiment) incontournable de tout futur gouvernement fédéral. Le "quasiment" sera biffé par le Mouvement réformateur qui ose l’aventure avec les indépendantistes du Nord et décroche au passage le 16, rue de la Loi. Sentant le vent tourner, le Parti socialiste lui avait volé la politesse quelques semaines avant en montant dans les attelages régionaux avec son compagnon de souvent, le cdH. Dans la mythologie rouge tendance mitterrandienne, le coup s’appelle de Jarnac. À la manœuvre: le trio Di Rupo-Magnette-Onkelinx. Avec cette double conviction: un "tiens vaut mieux que deux tu l’auras" et ce gouvernement fédéral "de droite" finira bien par tomber.

Trois étés plus tard. Le Fédéral tient toujours. Le compagnon de souvent s’est rebiffé, tente (avec maladresse), à son tour, un Jarnac sur un partenaire en difficulté et négocie avec un MR méfiant – la versatilité de Benoît Lutgen inquiète et les gains électoraux d’une descente libérale sur les Régions ne sont pas garantis. S’il est facile de refaire l’histoire, force est de constater que Benoît Lutgen aurait fait gagner du temps à tout le monde en optant dès 2014 pour une majorité "orange bleue" à tous les étages plutôt qu’en se braquant dans la dernière ligne droite avant les élections. Idem pour des socialistes ivres de pouvoir: une cure d’opposition leur aurait été plus que salutaire.

Le passé, le présent. Reste le futur. À écrire à la lumière de ce qui précède donc. Pour les socialistes, la cure d’opposition qu’ils se sont refusé leur est promise par leur complice d’hier. Soit l’occasion de se rénover, de relancer la machine à idées et surtout d’entamer un travail sur les cadres qui ont fait le succès de la formation mais qui peinent aujourd’hui à trouver ce souffle nouveau dont tout parti a besoin en période de crise. La "chance" des socialistes belges par rapport à leurs confrères français est que le système électoral n’est guère propice à l’éclosion, en leur sein, d’un Macron qui finirait par les dépasser.

Pour le MR – débarrassé d’un Ecolo monomaniaque – comme pour DéFI à Bruxelles, la situation impose l’engagement responsable sous peine d’être finalement et paradoxalement éclaboussés par l’inconséquence sociale-chrétienne. Plus que jamais, dans un contexte de désintérêt de la chose politique, sinon de défiance, les citoyens attendent de leurs élus des actes, des mains propres et des salaires justes plutôt que des querelles de clochers et des calculs électoraux grossiers.

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