François Bailly

Ground Control to Major Tom. Take your protein pills and put your helmet on", chante David Bowie dans Space Oddity (1969), hymne – s’il y en a un – de la conquête spatiale en pleine guerre froide.

On a vécu un véritable flash-back cette semaine. 50 ans en arrière. David Bowie dans les oreilles. Il y a d’abord a eu cette scène de joie à la Nasa, le 1er janvier, quand la sonde américaine News Horizons a frôlé Ultima Thulé, le corps céleste le plus éloigné de la Terre jamais atteint.

Pékin a depuis surenchéri, car en 2019 à ce petit jeu de la lutte interstellaire, la Chine a remplacé l’URSS contre les États-Unis. La Chine est donc parvenue à alunir jeudi Chang’e-4 sur la face cachée de la lune. Cela a fait les gros titres. Quelques clichés ont déjà suffi à asseoir l’image d’une nouvelle puissance de l’espace.

Soyons clairs. Cette conquête spatiale est un bel écran de fumée. Elle nous fait presque oublier (ou pas) que, sur terre, Donald Trump se prend les pieds dans son mur au Mexique, que l’administration américaine fait face à un shutdown marquant faute de budget.

Et demandez à Apple, Tim Cook, son patron, et aux marchés ce qu’ils pensent de la décélération qui frappe l’économie chinoise?

Sauf qu’en visant la Lune, on atterrit au pire dans les étoiles. Cela, l’Europe – dont les étoiles, elles, au contraire aujourd’hui se déchirent dans l’Union – doit s’en souvenir si elle veut continuer à briller.

Il serait, par exemple, grand temps de faire alunir ce foutu Brexit (dans la douceur, c’est toujours mieux quand on alunit) pour enfin s’attaquer aux vrais problèmes.

La Terre brûle et nous Européens, avec l’intérêt que nous lui portons, le savoir et les technologies dont nous disposons, nous possédons les moyens pour encore la sauver.

Il suffit de s’inspirer des autres révolutions que nous avons pu mener, dans les biotechs ou la chimie, de voir ce que même des entreprises belges comme Deme ou Umicore sont capables de proposer en 2019.

On ne parle pas de conquérir une nouvelle planète ou une nouvelle galaxie. Juste de fixer les priorités (dont celle de sauver la nôtre, de planète), d’unir nos forces et d’agir.

Avec ambition. De l’ambition, de la vraie. Pas de celle, mal placée, qui fait débrancher des prises de manière intempestive ou fait sauter des gouvernements pour des petits calculs savants de politiciens et des sondages temporels.

L’ambition de dessiner le monde de demain, d’avancer. Celle-là même qui peut finalement porter à penser que tout est possible… même explorer les confins de l’univers.

"Far above the world, Planet Earth is blue and there’s nothing I can do (from here)" chante Bowie (aka Major Tom) depuis sa capsule dans l’espace en parlant de la Terre.

D’ici, there are much things we can do… If we want to.

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