Triste panique britannique

Londres sort ses cartes avant le début de la partie

Face au danger, il y a trois attitudes possibles: fuir, attaquer ou temporiser. En refusant de briguer le poste de Premier ministre, le chef de la campagne pro-Brexit Boris Johnson a choisi la fuite – la victoire est trop lourde pour ses épaules. Nigel Farage, aussi, se débine: il quitte la tête du parti Ukip – son parti –, pour "récupérer sa vie" de simple député européen, grassement payé pour cracher sur la bannière étoilée.

Le personnel politique encore debout s’égare dans un football panique avant même d’avoir commencé la partie.

Theresa May, qui se voit déjà emménager au 10 Downing Street, a choisi l’attaque. Londres n’a pas l’intention d’activer le processus de sortie de l’Union pour l’instant, mais la nouvelle Dame de Fer pose déjà les termes de la négociation sur le point très sensible de la libre circulation des personnes. Les "migrants" européens qui vivent au Royaume-Uni serviront de monnaie d’échange pour garantir la position des citoyens britanniques expatriés sur le continent. En liant le sort de milliers d’Européens à l’issue lointaine des négociations, elle les ancre dans l’incertitude et renonce à clouer le bec aux xénophobes qui crient "go home" aux continentaux. L’Union appréciera. Le ministre des Finances britannique a lui aussi choisi l’attaque. Georges Osborne annonce une baisse de l’impôt des sociétés à 15% pour faire du Royaume-Uni "une économie super-compétitive".

Cette tentative d’éviter une fuite des investissements peut se comprendre. Mais ce faisant, le "chancelier" dégaine la carte sensible de la concurrence fiscale, ici encore avant même d’avoir ouvert les négociations. Jusqu’où Londres est-elle prête à aller dans le dumping fiscal pour ne pas sombrer? En mettant la question sur le tapis, Londres risque de crisper d’emblée ses partenaires. Contre-productif. Dix jours après le référendum, les ténors du Brexit ont lâchement fui. Dix jours après le référendum, le personnel politique encore debout s’égare dans un football panique avant l’entame de la partie… Dix jours après le référendum, il est déjà temps pour les Britanniques de se pencher sur les multiples façons de revenir sur leur mauvaise décision. Vote du Parlement, nouvelles élections, nouveau référendum? It’s not too late.

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