Un atome sans fin

©Debby Termonia

L'édito de Joan Condijts | Rédacteur en chef.

La Belgique a quelque chose en elle de Bill Murray. Dans le film "Un jour sans fin", l’acteur américain ne cesse de revivre la journée du 2 février. Quoi qu’il fasse durant ces vingt-quatre heures, des excès les plus saugrenus aux vilenies les plus improbables, son personnage est condamné à se réveiller le même matin, à partager des événements identiques avec des personnes qui ne varient jamais. Seule l’attitude de Bill Murray change, sans effet sur l’irrémédiable et infernale boucle.

Depuis plus de quinze ans, la politique énergétique du royaume ressemble à cette journée sans fin. Seuls les acteurs sont remplacés de temps à autre... Depuis ce jour mémorable qui a vu Olivier Deleuze, secrétaire d’Etat à l’Energie d’un inédit gouvernement "arc-en-ciel" (une majorité faite d’écologistes, de libéraux et de socialistes), annoncer urbi et orbi que la Belgique sortirait du nucléaire entre 2015 et 2025, depuis 2002 donc, le dossier nucléaire a suscité déclarations tonitruantes, postures diverses et interpellations musclées. Mais rien n’a vraiment bougé. Une journée sans fin.

Les gouvernements passent, les velléités antinucléaires sont réaffirmées pendant que Doel et Tihange continuent de tourner.

Et tout semble concourir à la prolongation de cette rengaine. Et partant, de la fission de l’atome.

Alors que la sortie dudit nucléaire (qui représente la moitié de la production électrique nationale) figure à l’ordre du jour de l’équipe Michel, le premier parti de cette même équipe, la N-VA, a réclamé que soit étudiée la possibilité de construction d’une nouvelle centrale atomique   avant d’envisager cette belle aporie, rappelons que le royaume peine à réaliser un métro digne de sa capitale, un RER, voire un "tout simple" stade national... Ce nouveau feu de paille séparatiste aux relents électoralistes  la formation de Bart De Wever les multiplie ces dernières semaines  a été éteint ce vendredi par le comité ministériel restreint.

Les gouvernements passent, les velléités antinucléaires sont réaffirmées pendant que Doel et Tihange continuent de tourner. "Tant mieux", clameront les fondus de l’atome. Pourquoi pas? Sauf que la politique énergétique d’un pays n’est pas chose à improviser. C’est tout le contraire. Soit on conserve et on bichonne les machines, soit on éteint et on prévoit ce qui leur succédera. Mais on tranche. Tous les gouvernants savent (plus ou moins) cela. Aucun ne l’a appliqué ou n’a pu l’appliquer avec conséquence. Et vu les positions adoptées dans le dossier par la N-VA quasiment depuis le début de cette législature, vu le calendrier qui devient serré, le doute est plus que permis quant à une véritable évolution sous la houlette de l’exécutif actuel.

Si pour Bill Murray, la journée finira par avoir une fin (plutôt heureuse), pour la Belgique, en revanche, tout cela pourrait se terminer, à force de tergiverser, dans le noir.

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