Un dialogue politique est urgent

Edito d'Alain Narinx

Dura lex sed lex. La loi est dure, mais c’est la loi. La formule peut parfaitement s’appliquer aux indépendantistes catalans. Plusieurs "ministres" de la Generalitat ont été arrêtés et mis en prison, poursuivis pour "rébellion" et "sédition". Le président destitué Carles Puigdemont, exilé à Bruxelles, fait face aux mêmes risques. Dans ce dossier, l’attitude des autorités belges doit être claire: appliquer la loi. En l’occurrence, cela signifie arrêter et extrader le leader catalan dès lors qu’un mandat d’arrêt est émis par Madrid. Il ne s’agit pas ici de traduire quelque sentiment politique – la Belgique n’a pas à se mêler d’un conflit intra-espagnol — mais de respecter les procédures européennes prévues à cet effet, ni plus ni moins.

Le terrain judiciaire n’est certainement pas le plus approprié pour régler la question catalane.

Les indépendantistes accusent la Justice espagnole de partialité. Elle leur livrerait un procès politique. Mais ces arguments ne tiennent pas la route. Les accepter reviendrait à reconnaître que l’Espagne n’est plus un Etat de droit et que la démocratie y est allègrement bafouée. C’est faux. D’un point de vue juridique stricto sensu, les poursuites à l’encontre des séparatistes catalans sont logiques puisqu’ils ont en effet violé la loi espagnole à maintes reprises, notamment en organisant ce fameux référendum du 1er octobre pourtant interdit par la Cour constitutionnelle.

Il reste que le terrain judiciaire n’est certainement pas le plus approprié pour régler la question catalane. Le conflit est bel et bien politique. Bien sûr, à Barcelone, les dirigeants indépendantistes doivent être critiqués pour leur fuite en avant séparatiste. Ils ont conduit leurs propres revendications dans une impasse.

Mais l’inflexibilité de Mariano Rajoy, le chef du gouvernement espagnol, doit également être dénoncée. Au-delà du jeu politique, il faut être aveugle pour ne pas voir et comprendre les aspirations profondes d’une large partie de la population catalane. Depuis des années, Madrid n’y a opposé que refus et mépris. L’indépendance ne peut être une solution acceptable, ni pour l’Espagne, ni pour l’Europe. Mais la tenue d’un vrai dialogue est urgente. Il pourrait mener ainsi à davantage d’autonomie (par exemple fiscale) pour Barcelone, voire à un modèle fédéral pour l’Espagne. Mariano Rajoy serait bien inspiré d’ouvrir de telles perspectives, seules à même de désamorcer la pire crise que traverse son pays depuis la chute de Franco.

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content