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Un mot gentil pour le Diable…

S'appuyer ou non sur Bachar el-Assad pour sortir de l'impasse? Telle est la question.

Pactiser ou ne pas pactiser avec Bachar el-Assad? Cette question simple embrasse toute la complexité du monde arabe. Le choix cornélien de négocier avec le dictateur sanguinaire syrien appelle en effet des interrogations qui touchent aux paradoxes permanents de cette région secouée par les forces centrifuges – les oppositions intrareligieuses, les conflits claniques – et par les enjeux stratégiques considérables (pétrole, gaz, voies commerciales, centres religieux) qu’elle recèle.

La Syrie n’est pas la solution, mais elle fait partie du problème.

Des interrogations essentielles: comment enrayer la barbarie de l’État islamique dont les tentacules cueillent les esprits "sans histoires" de Sousse à Anvers? Comment assurer une transition démocratique qui réponde aux aspirations nées du Printemps arabe? Comment ne pas flinguer une démocratie dans son berceau en laissant le fanatisme théocratique des Frères musulmans et de leurs filiales conquérir les urnes? Les cas désastreux de l’Égypte, de l’Irak, de la Libye ou de l’Autorité palestinienne témoignent de la pertinence de ces questions. Seule la Tunisie, forte de l’héritage moral de Bourguiba, de ses élites cultivées, a réussi à échapper à l’obscurantisme, au chaos ou au retour à la case départ.

Dans cet amas de questions, la Syrie n’est pas la solution mais elle fait partie du problème. L’État islamique y prospère et y rayonne. Des centaines de milliers de personnes fuient la guerre entre le pouvoir en place, les opposants au régime et les lames dudit État islamique, créant une crise humanitaire aux frontières et au sein de l’Europe. La Russie a par ailleurs choisi son camp et alimente militairement Bachar el-Assad.

Après quatre ans d’enlisement, s’appuyer, très cyniquement, sur le despote syrien paraît la voie la plus efficace pour sortir de l’impasse. Comme l’avait glissé Winston Churchill : "Si Hitler avait envahi l’enfer, je me serais débrouillé pour avoir un mot gentil pour le Diable."

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